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Réflexions dominicales : «la vocation est un don donné avec le pardon», par Mgr Follo

Photo : © 2024 Amis du Saint-Siège à l’UNESCO

Ancien observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO (2002-2021), journaliste, professeur de philosophie et d’anthropologie culturelle, Mgr Francesco Follo réfléchit sur les textes bibliques du dimanche 9 février 2025 dans son blog  Riflessioni domenicali.

En évoquant les récits des rencontres avec Dieu du prophète Isaïe et des saints apôtres Pierre et Paul, Mgr Follo souligne que « notre vocation n’est pas un choix que nous devons faire, mais une réponse à la proposition du Christ ».

Voici les réflexions de Mgr Follo :

La vocation est un don donné avec le pardon

V Dimanche du temps ordinaire – Année C – 9 février 2025

Rite romain, Is 6, 1-2.3-8; Ps 137; 1Cor 15, 1-11; Lc 5, 1-11

D’une rencontre la vocation

Les trois lectures de la messe d’aujourd’hui nous parlent de trois personnes qui ont eu une rencontre vraie, où leur vocation est émergée. Grâce à la rencontre avec Dieu, Isaïe s’offrit de devenir Son prophète, saint Paul accepta d’être le témoin de l’Évangile pour tous les païens et saint Pierre adhéra à la proposition du Christ de devenir pêcheur d’hommes.

Pour ces trois saintes et vraies personnes ce jour de leur rencontre avec Dieu ne fut pas un jour comme les autres, pour elles ce jour-là fut un jour comme aucun d’autre : il fut un événement qui changea leur vie, et elles la mirent au service de Dieu.

Il est important de remarquer que dans tous les trois cas la vocation fut pour une mission de salut et que pour Dieu le péché et la fragilité des trois appelés ne furent pas une objection à l’appel qu’Il leur faisait. Il les pardonna, les purifia et leur donna la force pour la tâche à laquelle Il les invitait.

Tous les trois reçurent la paix du pardon et devinrent missionnaires parmi les hommes, porte-parole de Dieu et de Son Royaume, qui est royaume de liberté, de justice, de vérité, de paix et surtout d’amour.

À Isaïe qui a accueilli le cri divin : « Qui envolerai-je et qui ira pour nous ? » le Seigneur changea le cœur afin qu’il puisse répondre « Voilà envoie-moi ». Ce grand prophète put répondre ainsi, parce que le Séraphin avait purifié avec le charbon incandescent ses lèvres. Mais ce geste angélique fut la conséquence du fait que Isaïe avait rencontré Dieu et avait reconnu sa condition de pécheur.

À Paul le Christ donna sa grâce et lui dit « Si je te suis apparu, c’est pour te destiner à être serviteur et témoin de ce moment où tu m’as vu, et de ceux où je t’apparaîtrai encore. » (Act. 26, 16b). Aussi pour l’apôtre de gentils la rencontre avec le Seigneur fut la condition pour changer le sens de la vie et pour la vivre comme mission. De persécuteur acharné Paul devint annonceur infatigable du Christ.

À Pierre Jésus donna la force solide comme une pierre, afin que le premier des apôtres le suive sans affaissement. En ayant co-protagoniste de la pêche miraculeuse, Pierre dit au Christ : “Seigneur, vas-t-en de moi qui suis pécheur. Je ne suis pas digne d’avoir un Saint dans ma barque » (cf. Lc 5, 8) Mais le Rédempteur lui répondit : « Sois sans crainte, viens avec moi, crois à ma parole et je te ferais pêcheur d’hommes » (cf. Lc 5, 10). Et cet humble pêcheur de Galilée devient celui qui travailla à la pêche des hommes, en les tirant hors de l’eau empoisonnée pour les mettre dans l’eau pure de l’amour de Jésus.

La vie comme vocation

L’étonnement du miracle, des paroles et surtout de la rencontre avec le Christ n’a pas envahi seulement Pierre, mais tous ceux qui étaient avec lui pour la pêche : en particulier André, son frère, Jacques et Jean, associés de Pierre.

Jésus n’était plus seul dans son « travail » de pêcheur d’hommes. Quatre hommes, deux couples de frères qui devinrent encore plus frères dans la foi commune, partagée, quittèrent tout, travail et famille, pour un nouveau travail, dont la condition première était d’être compagnons et amis du Christ dans son chemin, nouvel exode. Quatre pauvres pêcheurs, quatre simples hommes de travail qui si non illettrés n’étaient pas certes diplômés, furent appelés par Jésus à partager sa mission de Sauveur de la grande famille humaine.

Mais pourquoi ces pêcheurs quittèrent tout et tout de suite pour suivre cet Homme qui ne promettait ni argent ni honneurs et parlait « seulement » d’amour, de perfection et de joie : « Heureux les pauvres parce qu’à eux c’est le Royaume de Cieux » ?

Ils quittèrent tout et tout de suite parce que le Christ était devenu le centre affectif de leur vie et seulement Lui avait paroles de vie éternelle. Lui est la Vie de la vie.

La rencontre avec le Christ avait submergé (travolto) leur rien, leur petitesse. La découverte du Christ comme centre de tout élimina la peur dans le cœur des Apôtres. Ils expérimentèrent que qui suit Jésus ne marche pas dans les ténèbres et ils se mirent au service du Royaume de Dieu. Ils suivirent le Christ et vécurent en communauté avec Lui, qui décrivait soi-même avec la parabole du Bon Pasteur, où la charité se manifeste en toute sa capacité d’initiative, créativité et force (Cf. Lc 15, 4-6).

En bref, les apôtres acceptèrent la vie avec le Christ comme vocation et la mission du Christ devint leur vocation.

La vocation de Zachée 

La profonde disponibilité de mettre leur vie au service de l’amour du Christ fut essentielle pour comprendre leur personnelle vocation. Mais ça il ne semble pas le cas de Zachée, dont l’Évangile ambrosien nous parle aujourd’hui (Lc 19,1-10).

Il semble qu’au début Zachée était seulement curieux de Le voir, il n’avait l’intention d’aller proche au Christ, aussi parce qu’en étant publicain l’opinion publique du temps le mettait avec les pécheurs. Il ne savait pas encore que Jésus était venu pour « appeler » les pécheurs, leur donner la vocation, c’est-à-dire la proposition de Lui être proche, voisin pour partager sa vie et sa mission. Donc le jour dans lequel le Christ passa par Jéricho, cet homme, attaché aux sous (argent), était monté sur un sycomore pour voir le Messie.

Mais Jésus leva ses yeux vers ce publicain et ce jour-là pour Zachée ne fut plus un jour comme les autres. Il fut le jour heureux de la rencontre entre lui et le Christ, qui en le regardant avec amour (Jésus aime les pécheurs, il est venu pour eux, donc pour nous) lui dit : « Aujourd’hui je viens chez toi ». Qui sait si le Christ s’inspira à Zachée pour la parabole du pharisien et du publicain, qui n’avait même pas le courage de hausser ses yeux, comme s’il avait honte d’apparaître devant le Seigneur. Il soupirait et se frappait la poitrine et ne disait d’autre parole que ces : « Dieu, aie pitié de moi, pécheur ».

Peut-être pour Zachée la demande de pardon était implicite dans le désir de voir Jésus. Le reste a été fait par le Seigneur, dont le regard sauve. Le regard du Christ va au-delà des apparences, il voit le cœur qui cherche à se relever (cf. la prière mariale « Alma Redemptoris Mater » : Sainte Mère du rédempteur, porte du ciel toujours ouverte, étoile de la mer, viens au secours du peuple qui tombe et qui cherche à se relever. Tu as enfanté, ô merveille, celui qui t’a créée. Tu demeures toujours vierge, accueille le salut de l’ange Gabriel et prends pitié de nous, pécheurs). Jésus ne demanda pas à Zachée : « Qu’est-ce que tu as fait », Il ne lui rapprocha pas son péché. Il l’appela pour lui demander d’être reçu chez lui. Et Zachée comprit que c’était un appel, une vocation à la communion avec Jésus.

En effet il fut naturel pour cet homme de se mettre à disposition de l’Homme-Dieu et de Sa mission messianique. Ce publicain « accueillit Jésus avec joie » parce que l’auto-invitation de Jésus chez lui avait donné nouveau et vrai sens à sa vie. Il apprit à regarder les autres comme Jésus l’avait regardé : fraternellement. Les prochains n’étaient plus pour lui des personnes à exploiter, mais des êtres humains avec lesquels il peut instaurer des relations de justice, de pardonne et, donc, de vraie fraternité.

La vocation à l’amour : la virginité

Cette originaire (native) et fondamentale vocation à l’amour, qui est propre à chaque homme et femme, peut se réaliser pleinement dans le mariage et dans la virginité : il s’agit de « deux façons d’exprimer l’unique mystère de l’Alliance de Dieu avec son peuple » (Jean-Paul II, Familiaris Consortio, n 11).

Le mariage et la virginité ne sont pas en contraposition entre eux. Ils sont plutôt deux cadeaux différents et complémentaires qui convergent pour exprimer l’identique mystère nuptial de l’union féconde et salvifique du Christ avec l’Église.

Mais il est important de rappeler que la Virginité est dans l’Église la vocation la plus haute, elle est le sommet de l’amour, elle est la réponse pleine à la prédilection du Christ, dans laquelle on regarde les personnes comme le Christ les a regardées. De cet amour de prédilection, les Vierges consacrées sont appelées à être martyrs (parole grecque qui signifie : témoins), épouses et mères dans l’esprit, capables de donner la vie avec passion afin que le Christ soit connu, rencontré et que cette rencontre avec Lui change la vie.

« Vous qui êtes vierges pour le Christ – exhorte l’évêque dans le Rite de Consécration des Vierges – vous deviendrez mères dans l’esprit, en faisant la volonté du Père, en coopérant avec amour afin que tant de fils soient engendrés ou récupérés à la vie de grâce » (RCV, 29) ; « Le Seigneur Jésus […] rend féconde votre vie avec la force de sa Parole » (RCV 56).

En cette manière les Vierge consacrées collaborent à la pêche divine, engendrant et récupérant beaucoup de fils et filles à la vie de grâce et d’amour apportée par le Christ.

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