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Doctrine de la foi: les écrits signés Maria Valtorta ne sont pas des « révélations »

Photo: © vatican.va; les archives du Dicastère pour la doctrine de la foi

Anita Bourdin

« Les soi-disant « « visions », « révélations », et « communications » contenues dans les écrits de Maria Valtorta, ou attribuées à elle, ne peuvent pas être tenues comme d’origine surnaturelle, mais elles doivent être considérées comme de simples formes littéraires dont l’auteure s’est servie pour raconter, à sa façon, la vie de Jésus Christ »: une nouvelle fois, le Dicastère pour la doctrine de la foi s’est prononcé sur les écrits de l’auteure italienne.

Le communiqué, en italien, en anglais et en espagnol, a été publié le 22 février 2025 (https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_ddf_doc_20250222_comunicato-scritti-valtorta_it.html).

La Doctrine de la foi répondait en cela à des questions posées par des baptisés, comme l’explique le même communiqué: « Le Saint-Siège reçoit souvent des demandes d’éclaircissements de la part d’ecclésiastiques et de laïcs à propos de la position de l’Église concernant les écrits de Maria Valtorta, tels que l’œuvre Le Poème de l’Homme Dieu, maintenant connue sous le titre L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, et d’autres publications. »

La même source précise, à propos de la notion d’ « inspiration »: « Dans sa longue tradition, l’Église n’accepte pas les Évangiles apocryphes et autres textes similaires comme normatifs, car elle ne reconnaît pas leur inspiration divine, se référant à la lecture sûre des Évangiles inspirés. »

Donc, ce ne sont pas des textes « inspirés » par l’Esprit Saint, et en aucune façon des « révélations », même des « révélations privées »: une expression naguère utilisée qui a pu semer le trouble.

Pas de « révélations »

En effet, la question fondamentale qui se pose avec les soi-disant « révélations privées », c’est toujours d’examiner s’il s’agit bien de « révélations », c’est-à-dire si les écrits sont d’origine spirituelle au sens chrétien du terme, autrement dit inspirés par l’Esprit Saint, plutôt que par l’esprit humain ou par un esprit mauvais. Or, dans les écrits qui ont été publiés sous le nom de Maria Valtorta (1897-1961), les théologiens qui ont examiné les dix volumes ont conclu qu’il n’y avait rien de « divin ». À quatre reprises déjà, avant cette cinquième intervention du 22 février 2025.

Voici, par exemple, ce que disent les dicastères romains, le cardinal Ratzinger et le cardinal Tettamanzi, à propos de ces volumes. Notons que, contrairement aux autorités vaticanes, la plupart des lecteurs de Maria Valtorta n’ont pas accès à la totalité, mais seulement à des extraits choisis par les éditeurs.

Rappelons aussi que l’édition a été menée, malgré l’interdiction de Rome, par le p. Romualdo Migliorini, servite de Marie (OSM), directeur spirituel de Maria Valtorta entre 1942 et 1946.

Remarquons aussi que l’Ordre des Services de Marie fut l’héritier de Maria Valtorta, ainsi que la dame de compagnie de celle-ci, Marta Diciotti (1910-2001). Les servites reçurent aussi la nue-propriété de la maison de Maria Valtorta à Viareggio.

Aujourd’hui, les éditions sont gérées, en italien, par une maison d’édition consacrée aux textes de Maria Valtorta – « Centro editoriale valtortiano » -, elle-même organe de la « Fondation héritière de Maria Valtorta » – « Fondazione Erede di Maria Valtorta »-.

Une « vie de Jésus mal romancée »

La première mise à l’Index (liste des livres interdits) date du 16 décembre 1959: c’est un décret du secrétaire du Saint-Office – ancêtre de la Doctrine de la foi – , le p. Sebastiano Masala (cf. Acta Apostolicae Sedis, vol. II, 5 janvier 1960, p. 60). Comme c’est la coutume, l’interdiction est notifiée publiquement dans le quotidien du Vatican, L’Osservatore Romano, le 5 janvier 1960, accompagnée, comme c’est aussi la coutume, le lendemain, 6 janvier, d’un article expliquant les raisons de la décision.

L’Osservatore Romano c’est, rappelons-le, le journal officiel du Vatican dans lequel le Saint-Office (et aujourd’hui le Dicastère pour la doctrine de la foi) publie ses décisions à l’adresse du grand public, souvent en réponse à des questions des baptisés. L’article s’intitulait, en italien, « Une Vie de Jésus mal romancée ».

L’Osservatore Romano déclare sa « profonde perplexité quant au style et au contenu si étrangement contemporains des propos prêtés au Christ » ainsi que face au « développement de sa doctrine sur Marie, présentée en co-rédemptrice au côté du Christ ou encore représentée au centre d’un triangle figurant la Trinité ». En outre, « la confession d’une danseuse nue à la Vierge paraît choquante ».

Le quotidien du Vatican souligne d’emblée le fait que « bien que traitant exclusivement de sujets religieux, ces volumes n’ont pas d’Imprimatur, comme l’exige le Canon 1385, 1 n. 2 » du Code de droit canonique (parce que donné par un évêque qui n’était pas du lieu) et il estime en conclusion que « cette condamnation publique de la Sainte Congrégation Suprême est donc d’autant plus opportune que la désobéissance est grave ».

Double désobéissance, double condamnation

Mais de quelle désobéissance L’Osservatore Romano parle-t-il? Rappelons que les textes de mystiques de la même époque, comme sainte Faustine (1905-1938) – ou bien saint Pio de Pietrelcina (1887-1968) – , lorsqu’ils ont été interdits, ont rencontré une totale obéissance de leur part et de la part de ceux qui promouvaient leurs écrits, comme le père spirituel de Faustine Kowalska, le bienheureux p. Michal Sopocko, théologien réputé. Sainte Faustine affirme même dans son Petit Journal, à plusieurs occasions, que l’obéissance est un critère de discernement: le « démon » peut « singer » même « l’humilité », mais pas « l’obéissance », explique-t-elle.

Qu’en est-il pour les écrits de Maria Valtorta? Ils ont été recueillis par le p. Romualdo Migliorini (1884-1953), OSM, ancien vicaire apostolique à Manzini, au Swaziland, et devenu prieur des servites de Marie de la ville de Viareggio, où habitait Maria Valtorta.

Le p. Migliorini confia la retranscription des manuscrits à un confrère servite, le p. Corrado Berti (1911-1980), professeur de théologie dogmatique, qui en confia à son tour des extraits au p. Augustin Bea (1881-1968). Le jésuite allemand et futur cardinal, alors recteur de l’Institut biblique pontifical, aurait déclaré : « J’ai lu plusieurs des livres écrits par Maria Valtorta… Sur le plan de l’exégèse, je n’ai trouvé aucune erreur dans les parties que j’ai examinées. » Mais justement, quelles « parties » ont-elles été soumises à son examen?

Les pères Romualdo Migliorini, Corrado Berti et Andrea Cecchin, leur supérieur, ont par ailleurs été reçus en audience, privée, par le pape Pie XII, comme l’atteste L’Osservatore Romano du 27 février 1948. Le p. Berti déclara ensuite avoir reçu du pape Pie XII une « approbation orale » pour la publication des manuscrits de Maria Valtorta. Qui connaît le Vatican et la prudence du pape Pacelli jugera invraisemblable que Pie XII ait ainsi pu risquer de court-circuiter les rouages du Saint-Office et de l’Imprimatur. Or, les auteurs catholiques cherchent au contraire habituellement à obtenir l’Imprimatur dans les règles, de façon à ne pas discréditer leurs écrits.

Mgr Costantino Barneschi, servite lui aussi, devenu à son tour vicaire apostolique au Swaziland, accorda en effet l’Imprimatur… mais pour une impression en Italie, ce qui n’était pas valable, même « au nom du vicariat apostolique ». Le Saint-Office fera arrêter l’impression: Barneschi n’était ni l’évêque de l’auteur, ni l’évêque de la maison d’édition.

Pour preuve que le pape Pie XII n’avait fait suivre l’audience d’aucun ordre spécial au Saint-Office, en 1949, le p. Berti apporta les manuscrits au Vatican. Après leur examen, les commissaires du Saint-Office, Mgr Giovanni Pepe et le p. Girolamo Berruti O.P., condamnèrent les écrits de Maria Valtorta. Plus encore, ils ordonnèrent au p. Berti de leur remettre toutes les copies existantes. Enfin, ils lui demandèrent de s’engager par écrit à ne jamais les publier.

Or, le p. Berti ne remit au Saint-Office que les copies typographiées et il conserva les 13 000 pages des manuscrits. Puis il se rendit chez l’imprimeur Pisani et il fit imprimer le premier volume en 1956, sous le titre de « Poème de Jésus ». Les autres volumes furent publiés annuellement en italien, jusqu’en 1959, puis sous le titre de « Poème de l’Homme-Dieu ». Une double désobéissance: les manuscrits n’ont pas été remis et les écrits ont été publiés.

Après 10 ans d’enquête sous le pontificat de Pie XII, la sentence tomba donc, le 16 décembre 1959, par un décret du Saint-Office qui condamnait à nouveau toutes les « pseudo-révélations » de Maria Valtorta (donc pas de révélation, même privée) et interdisait toute impression ou toute distribution de ces textes, placés à l’Index des livres prohibés. Pourtant, les impressions ont continué.

Aucune « orthodoxie » catholique

Après avoir souligné cette « désobéissance grave », L’Osservatore Romano du 6 janvier 1960 explique encore que le lecteur ne trouvera « rien d’autre qu’une longue et prolixe vie romancée de Jésus. […] Avant tout, [il] sera frappé de l’étendue des discours attribués à Jésus et à la Très Sainte Vierge, des interminables dialogues entre les nombreux personnages qui pullulent dans ces pages. Les quatre Évangiles nous présentent un Jésus humble et plein de réserve ; ses discours sont sobres, incisifs, mais d’une suprême efficacité. Au contraire, dans cette sorte d’histoire romancée Jésus est loquace à l’excès et ressemble à un propagandiste, toujours prêt à se proclamer Messie et Fils de Dieu, et à déclamer des leçons de théologie dans les mêmes termes dont se servirait aujourd’hui un professeur de théologie. […] Quelques pages sont plutôt scabreuses et font penser à des descriptions et des scènes de romans modernes. […] Les spécialistes d’études bibliques y trouveront certainement pas mal d’erreurs historiques, géographiques et autres semblables. »

Enfin, l’article pointe des passages « qui ne brillent certainement pas par l’orthodoxie catholique » et d’autres qui ont la prétention de « construire une nouvelle mariologie qui dépasse facilement les bornes de la convenance ».

En somme, ces critiques à la fois littéraires, spirituelles, théologiques et morales, expliquent le décret d’interdiction.

Les « dommages » causés par ces écrits, selon le card. Ratzinger

En tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), le cardinal Joseph Ratzinger, et futur pape Benoît XVI (1927-2022), a été amené, et à deux reprises, à émettre un avis, négatif également, sur les écrits de Maria Valtorta. Une telle autorité sera pourtant également ignorée.

La première fois, le 31 janvier 1985, le cardinal Ratzinger répond à la lettre du 18 mai 1984, adressée à la CDF par un prêtre du diocèse de Gênes, concernant la position de l’Église sur l’œuvre de Maria Valtorta. Par une lettre personnelle adressée au cardinal Giuseppe Siri (1906-1989), archevêque de Gênes entre 1946 et 1987, et dont dépendait donc le prêtre, le cardinal Ratzinger déplore les dommages que les écrits de Maria Valtorta peuvent causer chez les baptisés.

Il rappelle que « certains ont considéré qu’après l’abrogation de l’Index (…) il était permis d’éditer et de diffuser l’œuvre en question (…) bien qu’aboli, l’Index conserve toute sa valeur morale, aussi ne peuvent être considérées comme opportunes la diffusion et la recommandation d’une œuvre dont la condamnation ne fut pas prononcée à la légère, mais après une réflexion approfondie et dans le but de neutraliser les dommages qu’une telle publication peut provoquer chez les fidèles les plus crédules ».

Le décret abolissant l’Index disait en effet: « Après avoir interrogé le Saint-Père, la Congrégation pour la doctrine de la foi communique que l’Index continue d’engager moralement, en tant qu’il avertit la conscience des chrétiens de se garder (…) des écrits qui peuvent mettre en péril la foi et les mœurs; mais en même temps elle avertit qu’il n’a plus la force de loi ecclésiastique avec les censures qui l’accompagnent » (AAS 58 du 14 juin 1966, L’Osservatore Romano du lendemain, 15 juin 1966).

Une seconde fois, le 9 septembre 1988, le cardinal Ratzinger fait répondre à une Canadienne par son secrétaire personnel, Mgr Josef Clemens, que l’ouvrage de Maria Valtorta est « un ensemble de fantaisies enfantines, d’erreurs historiques et exégétiques, le tout présenté dans un contexte subtilement sensuel ».

Il faut cependant préciser que cette citation se trouve déjà dans le Cahier 2665 de la Civilta cattolica (laciviltacattolica.it) du 1er juillet 1961, cette prestigieuse revue des jésuites italiens, publiée après l’aval de la Doctrine de la foi. La Civilta cattolica a publié des articles défavorables Maria Valtorta au moment de la mise à l’Index, ce qui était son rôle. Certains objectent que cette citation aurait été ensuite attribuée, par erreur, au cardinal Joseph Ratzinger, par le père Benedict J. Groeschel dans son livre « A Still, Small Voice: A Practical Guide on Reported Revelations » (Ignatius Press, 1993, p 58), avant d’être reprise par d’autres auteurs. Mais elle aurait son origine chez les jésuites de la « Civilta ».

Or il est un détail important. Le texte en question de la revue des jésuites italiens est paraphé de « trois astérisques » (donc sans nom d’auteur), ce qui est un code typographique indiquant l’origine: Doctrine de la foi (le même code était employé naguère dans L’Osservatore Romano). Et le passage est très dur, citons seulement le paragraphe où se trouve la citation de Mgr Clemens: « Le “phénomène” a déjà été redimensionné scientifiquement et placé dans une catégorie bien connue de maladie mentale, et les ajouts de la deuxième édition ne changent pas la nature de l’Œuvre, qui reste un monument de puérilité, d’imagination et d’erreurs historiques et exégétiques diluées dans une atmosphère subtilement sensuelle par la présence d’un essaim de femmes à la suite de Jésus. »

Est-ce que Mgr Clemens utilise le compte-rendu de la Civiltà cattolica – paraphé des fameux trois astérisques -, revue autorisée par la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), tout en écrivant sa lettre sous l’autorité du cardinal Ratzinger, préfet de la même CDF? Y aurait-il eu un « aller-retour » de la CDF à la « Civilta » puis de nouveau de la « Civilta » à la lettre écrite sous l’autorité de la CDF? Il est plus vraisemblable, étant donné que le texte original est estamplillé CDF par les jésuites italiens, que Mgr Clemens se soit inspiré directement du texte présent dans les archives de la CDF. Somme toute, délicatement, dans le style Ratzinger, Mgr Clemens choisit les termes les moins blessants d’une page qui est un brûlot. Même si ce sont des termes de la CDF de 1961, le texte n’en est pas moins authentiquement assumé par la CDF de 1988, sous l’autorité du cardinal Ratzinger, déléguée à Mgr Clemens.

Le lecteur pourrait s’interroger sur le fait que les éditeurs ont continué à ne pas respecter ces avis éminents. En revanche, le cardinal Ratzinger aura un jugement favorable sur Faustine Kowalska, première sainte de l’An 2000, et sur le Padre Pio, canonisé le 16 juin 2002.

Rien de « surnaturel », une « piété abusée »

Le 6 janvier 1992, le secrétaire général de la Conférence épiscopale italienne, et futur cardinal, Dionigi Tettamanzi (1934-2017), demande à l’éditeur de Maria Valtorta, le Centro Editoriale Valtortiano, « pour le vrai bien des lecteurs et dans l’esprit d’un authentique service à la foi de l’Église […] dans le cas d’une éventuelle réimpression des volumes, qu’il soit indiqué clairement dès les premières pages que les « visions » et les « dictées » rapportées ne peuvent être tenues pour surnaturelles, mais doivent être considérées simplement comme des formes littéraires dont l’auteur s’est servie pour raconter, à sa manière, la vie de Jésus » (cf. 17 Avril 1993, Prot. N. 144/58i).

Il y a donc bien, sur plus de 70 ans, cinq jugements négatifs réitérés par les théologiens les plus autorisés à Rome et en Italie en matière de foi et de mœurs, sur les écrits attribués à Maria Valtorta: 1959, 1985, 1988, 1992, 2025.

Enfin, notons que le p. Guillaume Chevalier, de la Communauté Saint-Martin, qui a étudié de près les textes attribués à Maria Valtorta, conclut en pointant le travail qu’il reste à faire: « accompagner avec vérité et charité les personnes dont la piété a été abusée » (cf. https://www.communautesaintmartin.org/wp-content/uploads/2021/03/DGC-Charitas-14-Linspiration-chez-Maria-Valtorta.pdf p. 93).

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