Photo : © 2024 Amis du Saint-Siège à l’UNESCO
Ancien observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO (2002-2021), journaliste, professeur de philosophie et d’anthropologie culturelle, Mgr Francesco Follo réfléchit sur les textes bibliques du dimanche 23 mars 2025 dans son blog Riflessioni domenicali.
Mgr Follo affirme que « la conversion se réalise en renonçant à soi et à tout ce que l’on a de plus cher … pour s’occuper exclusivement de Dieu et du beau projet qu’il a sur nous et sur le monde ».
Il note que certains pensent que « se convertir demande des efforts ». « Selon moi, écrit-il, pour se tourner vers le Christ et le suivre de manière stable, il n’y a pas grand-chose à faire : il suffit, sans même trop raisonner sur le passé ou sur l’avenir, de le regarder sur la Croix avec confiance. »
Mgr Follo cite les paroles du pape François qui enseigne : « Voilà la règle de la conversion : s’éloigner du mal et apprendre à faire le bien. La conversion est un chemin. C’est un chemin qui demande du courage pour s’éloigner du mal et de l’humilité pour apprendre à faire le bien. Et ce chemin a surtout besoin de choses concrètes. »
Voici les réflexions de Mgr Follo :
La conversion, c’est purifier notre cœur pour qu’il soit clair et ouvert au Christ et à tout cve qui est beau, bon et vrai
IIIe dimanche de Carême – Année C – 23 mars 2025
Rite Romain : Es 3,1-8a.13-15; Sal 102; 1 Cor 10,1-6.10-12; Lc 13,1-9
Conversion : se tourner vers le Christ qui nous aime
Le récit de l’Évangile de ce dimanche (Lc 13,1-9) peut être divisé en deux parties. Une partie parle de l’appel à la conversion (13,1-5), tandis que l’autre partie nous présente la parabole du figuier stérile (13,6-9). Les deux parties trouvent leur point de rencontre dans le thème de la conversion.
« Convertissez-vous », nous demande le Sauveur, c’est l’invitation qu’Il nous fait entendre ce dimanche, comme c’est souvent le cas dans la liturgie du Carême. Le verbe « se convertir » est répété deux fois dans l’Évangile d’aujourd’hui. L’avertissement est donné sous forme solennelle (« Je vous le dis… ») et comme condition indispensable pour échapper au jugement de Dieu (« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous »). Luc ne s’intéresse pas en premier lieu au contenu de la conversion (ce qu’il faut changer) : il préfère nous faire prendre conscience que le jugement de Dieu est imminent et général.
« Convertissez-vous », nous demande le Sauveur, dans l’invitation qui nous est lancée en ce dimanche, comme cela arrive souvent dans la liturgie de Carême.
« Convertis-nous, ô Dieu, notre salut », nous fait prier la même liturgie. La conversion est donc un appel à recevoir, un don à demander au Sauveur.
Dans l’Évangile « romain » saint Luc nous parle du besoin de conversion, de son urgence, du jugement de Dieu qui plane sur nous. Mais que signifie se convertir ?
Le verbe privilégié par l’Ancien Testament pour indiquer la conversion est shouv qui veut dire : changer de route, revenir au passé. Sur un plan existentiel ou éthique, ce verbe, en hébreu, indique un changement de direction, un changement dans notre comportement. Toujours dans l’Ancien Testament, pour indiquer la conversion, figurent les verbes biqqesh et darash qui, en hébreu, signifient « chercher Dieu ou le bien ».
Le Nouveau Testament emploie le mot « epistrefein » qui signifie littéralement « se tourner vers », pour indiquer le changement extérieur et le changement de comportement, pendant qu’il utilise « metanoei », qui vient du verbe grec « changer d’avis », composé de meta « après » et noeo « penser » pour indiquer le changement intérieur, le changement de mentalité. Le terme que Luc utilise dans notre texte est « metanoia » : il insiste donc sur le changement intérieur, sur la façon nouvelle et différente de penser, d’évaluer les choses, de les juger.
Le jugement de Dieu ne connaît pas d’injustice, il va au-delà de la justice (Divo Barsotti) et nous devons nous préparer en tournant notre intelligence vers la Vérité, la volonté au Bien, notre tête et notre cœur vers Jésus, notre Destin, afin que son Évangile soit un guide concret pour la vie, en demandant que Dieu nous transforme, en reconnaissant que nous dépendons de Dieu, de son amour créatif et miséricordieux.
Une miséricorde qui fait que l’infécondité du figuier devient pour le vigneron une invitation à travailler encore et encore plus pour que la plante soit mise dans les conditions de donner du fruit. À la tentation humaine de la dureté et de l’exclusion, la parabole oppose les efforts redoublés de la divine charité.
Le Seigneur, miséricordieux et patient, nous accorde encore du temps pour donner du fruit. Les paroles du Christ, le Vigneron, sont réconfortantes : « je bêcherai, mettrait du fumier autour, le soignerai… et tu verras qu’il donnera du fruit ». L’arbre de notre vie ne saurait pas fleurir, si nous ne nous convertissons pas au Christ qui, avec son amour, accomplit le miracle. Suivons donc l’invitation que Dieu, dans l’Ancien Testament, adresse à son peuple : « Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment » (Joël 2, 12-13).
La conversion d’Abraham
Dans cette marche vers Dieu, la liturgie ambrosienne, après nous avoir proposé « l’exemple » de Zachée et de la Samaritaine, nous propose aujourd’hui la grande figure d’Abraham, qui a converti sa vie, qui l’a offerte au point d’être prêt à sacrifier son fils Isaac.
Pour Abraham, la promesse de Dieu de lui donner un peuple innombrable fut plus sûre que le fait de son fils Isaac, qu’il ne refusa pas de sacrifier au Tout-Puissant qui le lui demandait.
Le total abandon à Dieu est source de tranquillité et de sérénité tant vis-à-vis du passé que de l’avenir. La conversion se réalise en renonçant à soi et à tout ce que l’on a de plus cher, comme un fils dans le cas d’Abraham, pour s’occuper exclusivement de Dieu et du beau projet qu’il a sur nous et sur le monde.
Si à cet abandon total nous joignons un amour confiant, nous serons de plus en plus capables de ne pas prendre soin de nous-mêmes, mais de laisser que le Seigneur à prendre soin de nous. Alors notre cœur se dilate et nous sommes soulevés du poids de nous-mêmes, un poids qui nous opprime. Nous nous rendrons compte avec stupeur que la voie à suivre est droite et simple.
Nous pensons que se convertir demande des efforts et une tension qui sont continus, des faits et des gestes à renouveler sans cesse. Selon moi, pour se tourner vers le Christ et le suivre de manière stable, il n’y a pas grand-chose à faire : il suffit, sans même trop raisonner sur le passé ou sur l’avenir, de le regarder sur la Croix avec confiance, comme un Frère qui nous conduit dans la réalité présente, comme main dans la main. Si par la plus petite ou la plus longue des distractions nous devions le perdre de vue, ne cédons pas, mais adressons-nous à Lui, et nous comprendrons le bien qu’il veut pour nous. Si nous péchons, convertissons-nous en ayant recours au sacrement de la Pénitence et faisons une pénitence qui soit une souffrance d’amour total.
De la conversion à la consécration
La confession est appelée « sacrement de la Pénitence puisqu’il consacre une démarche personnelle et ecclésiale de conversion, de repentir et de satisfaction du chrétien pécheur » (Catéchisme de l’Église Catholique, n. 1423). La première conversion nous l’avons eue par le baptême, mais « la vie nouvelle reçue dans l’initiation chrétienne n’a pas supprimé la fragilité et la faiblesse de la nature humaine » (1426), donc la conversion est une loi qui dure toute la vie, jusqu’au moment où l’homme rend le dernier souffle : il en a été ainsi pour Saint Pierre et pour Saint Paul, pour tous les saints, à plus forte raison pour chacun de nous.
Se convertir, c’est « abandonner sa propre volonté en celle du Christ, par l’humilité » (Saint Bernard, Sur la conversion – Sermon 34). En cela en sont témoins les Vierges consacrées qui, à la question de l’évêque : « Voulez-vous vivre seulement pour Dieu dans le silence et dans la solitude, dans la prière assidue et dans la pénitence joyeuse, dans le travail caché et au service des autres », ont répondu : « Oui, nous le voulons » (Rituel de la Consécration des vierges, n. 55)
Ces personnes témoignent que la consécration de la vie à Dieu signifie « vérité d’amour », « travail », « justice », signifie « la vie même ». La vie entière se transfigure en s’offrant à Dieu. La charité parfaite (en laquelle consiste la perfection de tous les chrétiens) vécue virginalement conduit toute la personne vers son Créateur et peut se définir: une consécration totale ou sacrifice que l’être humain fait de lui à Dieu, à l’image de ce que fit notre Rédempteur Jésus-Christ.
Par cette consécration, les Vierges consacrées sont un signe pour tous que l’essentiel est de n’avoir d’autre but ultime que Dieu dans toutes nos actions, de ne pas faire d’autre profession, ni de rechercher d’autres saveurs sur terre, si ce n’est celle de plaire à Dieu et de le servir : autrement dit d’être justes en pratiquant la sainte loi de la charité.
C’est pourquoi le pape François enseigne : « Voilà la règle de la conversion : s’éloigner du mal et apprendre à faire le bien. La conversion est un chemin. C’est un chemin qui demande du courage pour s’éloigner du mal et de l’humilité pour apprendre à faire le bien. Et ce chemin a surtout besoin de choses concrètes » (Méditation du matin dans la chapelle de la Domus Sanctae Marthae, Apprendre à faire le bien – 14 mars 2017). Les choses concrètes du chemin du Carême sont les œuvres de pénitence qui nous ramènent à l’état de lumière, dont le fruit consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.








