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Le conclave s’ouvre le mercredi 7 mai pour les cardinaux électeurs




Photo : © Vatican Media; 5e congrégation générale des cardinaux, le 28 avril 2025

Anita Bourdin

Les cardinaux électeurs entreront en conclave dans la chapelle Sixtine, pour élire le 267e pape, soit 17 jours après le décès du pape François. La date a été fixée et annoncée par les cardinaux réunis lors de leur 5e assemblée – « congrégation générale » -, ce lundi 28 avril 2025. L’assemblée a réuni 180 cardinaux, de 9h à 12h25. Un premier tour de scrutin devrait être possible dès le mercredi 7 mai dans l’après-midi.

Les cardinaux électeurs – les plus de 80 ans, soit 116, n’entrent pas en conclave – viennent de 71 pays et de tous les continents. Parmi eux, 80% (108) ont été « créés » par le pape François, 22 par Benoît XVI et cinq par Jean-Paul II. Le cardinal électeur le plus âgé est l’Espagnol Carlos Osoro Sierra (80 ans le 16 mai), et le plus jeune l’Ukrainien Mykola Bychok, (45 ans en février dernier, rédemptoriste, en poste à Melbourne). Le continent le plus représenté au conclave est encore l’Europe (53), puis les Amériques (37: 16 du Nord, 4 d’Amérique centrale, 17 du Sud), l’Asie (23), l’Afrique (18) et l’Océanie (4). Les pays les plus représentés sont l’Italie (17) et les États-Unis (10).

Le serment des « congrégations »


L’archevêque émérite de Valence (Espagne), le cardinal Antonio Cañizares Llovera, 79 ans, ne devrait pas pouvoir y participer pour raisons de santé: dans ce cas, les votants seront 134. De fait, le Vatican a indiqué, le 29 avril, que deux cardinaux seraient absents pour raisons de santé: ils devraient donc être 133 à voter.


Quant au cardinal italien Angelo Becciu, 76 ans, déchu de ses droits cardinalices par le pape François, après un scandale financier, il a renoncé à réclamer ses anciennes prérogatives d’électeur: il l’a indiqué lors de cette cinquième congrégation. Condamné en première instance dans l’affaire de l’achat d’un immeuble londonien, dans lequel le Saint-Siège a perdu des millions d’euros, le cardinal sarde a cependant fait appel. Et il a de nouveau protesté de son innocence devant les cardinaux lundi matin. 


En effet, les cardinaux ont pu entendre, lors de cette assemblée, vingt interventions, a indiqué le directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, Matteo Bruni. Elles portaient sur des sujets comme l’Église et ses relations avec le monde, les défis actuels et à venir, et les qualités nécessaires au prochain pape pour les affronter. 
 Le fonctionnement de ce temps de « vacance » du Siège apostolique et d’organisation du conclave est régi, rappelons-le, par la « constitution apostolique » de Jean-Paul II Universi Dominici Gregis (https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/apost_constitutions/documents/hf_jp-ii_apc_22021996_universi-dominici-gregis.html, 1996), mise à jour par Benoît XVI puis par le pape François.

Au fur et à mesure de leur arrivée à Rome et de leur participation aux « congrégations », les cardinaux jurent de respecter cette loi.


Le mercredi 7 mai, au matin, tous les cardinaux présents se rassembleront dans la basilique Saint-Pierre pour la messe votive « pour élire le Pontife romain » (« Pro Eligendo Romano Pontifice »), qui sera présidée par le cardinal Giovanni Battista Re, 91 ans: c’est aussi lui qui a présidé les funérailles du pape François samedi dernier. 


Dans l’après-midi, seuls les cardinaux électeurs se retrouveront dans la chapelle Pauline du palais apostolique du Vatican avant de se rendre en procession jusqu’à la chapelle Sixtine, en invoquant le don de l’Esprit Saint par le chant du « Veni Creator ». 



Le serment du conclave


Le cardinal Parolin, présidant le conclave, introduira le serment de tous les cardinaux en disant:

« Nous tous et chacun de nous, cardinaux électeurs présents à cette élection du souverain pontife, promettons, faisons le vœu et jurons d’observer fidèlement et scrupuleusement toutes les prescriptions contenues dans la Constitution apostolique du souverain pontife Jean-Paul II, Universi dominici gregis, en date du 22 février 1996. De même, nous promettons, nous faisons le vœu et nous jurons que quiconque d’entre nous sera, par disposition divine, élu pontife romain, s’engagera à exercer fidèlement le munus Petrinum de pasteur de l’Église universelle et ne cessera d’affirmer et de défendre avec courage les droits spirituels et temporels, ainsi que la liberté du Saint-Siège. »


Les autres cardinaux diront ensuite, chacun leur tour: « Et moi, cardinal [son nom], je le promets, j’en fais le vœu et je le jure », et il posera la main sur l’Évangile en disant : « Que Dieu m’y aide ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main. » À ce moment-là, les caméras sont encore présentes.


Mais lorsque le dernier cardinal aura prêté serment, le maître des célébrations liturgiques pontificale, Mgr Diego Ravelli, prononcera la fameuse formule latine: « Extra omnes » – « Tous dehors ! » – enfin, tous sauf les personnes au service du conclave, Mgr Ravelli et le prédicateur chargé de la méditation « sur la lourde tâche qui attend » les cardinaux, le cardinal Cantalamessa. Mgr Ravelli fermera alors la lourde porte en bois qui sépare la Sixtine de la Sala Regia, à clef, d’où le terme « conclave », avec des clefs.


Le cardinal Raniero Cantalamessa, capucin, 90 ans, ancien prédicateur de la Maison pontificale sortira après la méditation. Le doyen du collège des cardinaux, le cardinal Giovanni Battista Re, 91 ans, ne pouvant être présent, c’est le cardinal Pietro Parolin qui devra poser la question rituelle: « Est-ce que l’élection peut avoir lieu? »

Le serment des personnes au service du conclave

Le serment des officials et des employés du conclave aura lieu le lundi 5 mai 2025, à 17h30, dans la Chapelle Pauline du Vatican. Tous ceux qui seront affectés au prochain conclave, ecclésiastiques et laïcs, approuvés par le cardinal camerlingue et les trois cardinaux assistants, selon la norme d’Universi Dominici Gregis (n. 48), doivent prêter et signer le serment prescrit.

Le Vatican ne donne pas le nombre de personnes, mais leurs fonctions, notamment des confesseurs, en différentes langues, soit:

– le Secrétaire du Collège des Cardinaux ;

– le Maître des Célébrations liturgiques pontificales, Mgr Ravelli ;

– les maîtres de cérémonie pontificaux ;

– l’ecclésiastique choisi par le cardinal qui préside le conclave, le vice-doyen, le cardinal Parolin, pour l’assister dans les siens bureau;

– les religieux attachés à la sacristie pontificale ;

– religieux de différentes langues pour les confessions ;

– les médecins et les infirmières ;

– les opérateurs d’ascenseurs du Palais apostolique ;

– le personnel en charge des services de cantine et de nettoyage ;

– le personnel de la Floreria et des Services Techniques ;

– ceux chargés de transporter les électeurs de la Maison Sainte-Marthe au Palais apostolique ;

– le colonel et un major du Corps de la Garde suisse pontificale, affectés à la surveillance près de la chapelle Sixtine ;

– le Directeur des Services de Sécurité et de Protection Civile de la S.C.V. avec certains de ses Salariés.

« Après avoir été instruits de la signification du serment, ils prononcent et signent personnellement la formule proposée », devant le cardinal camerlingue, Kevin J. Farrell, et deux protonotaires apostoliques.

Aménagement de la Sixtine


Des Gardes suisses pontificaux seront postés à toutes les entrées de la chapelle, pour garantir la sécurité des cardinaux et empêcher toute personne d’entrer en contact avec eux. Les signaux téléphoniques ou les connexions par Internet sont brouillés. C’est un moment de secret absolu et d’isolement: l’inspection soigneuse du lieu de vote garantit, les jours précédents, qu’il n’y ait pas de micros ou d’autres types de transmission possible vers l’extérieur. Le premier scrutin pourra alors avoir lieu. Les bulletins de vote doivent être écrits à la main d’une écriture qui ne soit pas reconnaissable de façon à garantir le secret.

Avant le début du Conclave, une équipe d’ouvriers aura préparé la chapelle Sixtine pour accueillir les cardinaux. Une plate-forme en bois recouverte d’un tissu beige est installée sur le sol de la chapelle, à environ 50/60 centimètres du sol, de façon à rejoindre la deuxième marche de l’autel. Des sièges en bois de cerisier portent le nom et le prénom de chaque cardinal électeur. Les 12 tables en bois brut, recouvertes d’un drap beige et de satin bordeaux sont disposées sur deux rangées de niveaux différents à droite et à gauche. Devant l’autel, sous le Jugement dernier de Michel-Ange, une table en bois brut également accueillera les deux urnes qui serviront, l’une au dépôt des votes, l’autre aux bulletins dépouillés. Une troisième avait été placée, en 2013, à la Maison de Sainte-Marthe, pour le vote des cardinaux malades ne pouvant pas se déplacer. Un lutrin portant l’évangéliaire, représente le Christ présidant l’assemblée.

Sur les tables, des marque-places avec les noms des cardinaux, et pour chacun un stylo, un sous-main rouge et un bulletin de vote. Avant la cloison ajourée séparant l’entrée de la Sixtine de la partie où l’on vote, sur la gauche, sont installés deux poêles qui serviront à brûler les bulletins de vote: ils sont en fonte, cylindriques, d’un mètre de haut et 45 centimètres de large, reliés chacun à un tuyau de cuivre, raccordés à un seul tuyau.

Un volet, en bas sert à l’allumage, et en haut, on glisse les documents à brûler. Le dessus du poêle porte, gravée au poinçon, les dates et les noms des six derniers papes. La fumée noire vient de la combustion des bulletins de vote. Pour la fumée blanche, on ajoute de la paille humide et des additifs pour éviter tout doute sur la couleur de la fumée. 



Fumée noire, fumée blanche


Si le pape – ce qui est vraisemblable – n’est pas élu dès le premier tour (il faut les 2 tiers des voix exprimées), chaque jour ensuite, deux scrutins peuvent avoir lieu le matin et deux l’après-midi. Dès la fin du premier scrutin, les bulletins sont brûlés dans le poêle en fonte de la Sixtine, et à la sortie du tuyau, sur le toit de la chapelle Sixtine, la fumée noire indiquera que l’élection n’a pas abouti. Les caméras du monde seront braquées sur le simple tuyau de cuivre, qui attire régulièrement les goélands argentés de la Place Saint-Pierre.


Si les scrutins de trois jours successifs n’arrivaient pas à dégager la majorité des deux tiers autour d’un nom, les votes seraient suspendus pendant une journée, de façon à permettre un temps de réflexion et de prière et un échange entre les électeurs. Le premier cardinal de l’ordre des diacres, le cardinal français Dominique Mamberti devrait alors proposer une méditation. 


Si, après sept nouveaux tours de scrutin, aucune majorité ne s’était dégagée, la même pause serait observée, avec une méditation du premier cardinal de l’ordre des prêtres, Vinko Puljic (dans un premier temps il ne devait pas participer au conclave pour raisons de santé). De même, si le vote n’aboutissait pas non plus après 7 autres tours de scrutins.


La règle change alors: lors des scrutins suivants, seuls les deux noms ayant obtenu le plus grand nombre de voix au vote précédent deviennent éligibles. Et la règle de la majorité des deux tiers est maintenue.

Le conclave pour élire Pie XI (1922) a nécessité 14 tours ; pour élire Pie XII (1939), 3 tours. En 1978, pour Jean-Paul Ier, 4 tours, et Jean-Paul II, 8 tours. En 2005 Benoît XVI a été élu au 4e tour, François en 2013 au 5e.

Si une majorité est atteinte, des applaudissements éclateront, et, à la fin du vote, le cardinal Parolin posera à l’élu deux questions, en latin: « Acceptes-tu ton élection canonique comme Souverain pontife? » Puis: « Quel nom prends-tu? » Si l’élu consent, c’est la fumée blanche, obtenue aussi avec un additif, pour qu’il n’y ait pas de doute, accompagnée par le son du bourdon de la basilique Saint-Pierre. 


Le nouveau pape se rend dans l’antichambre où il revêt la soutane blanche, la calotte et le camail blanc, avant de se présenter à la foule depuis la loggia de façade de la basilique vaticane. C’est le cardinal Mamberti qui annoncera l’ « Habemus papam » en latin, avec le nom du nouveau pape. Avant la bénédiction Urbi et Orbi, celui-ci devrait prononcer quelques mots selon son charisme propre.

La prière des novemdiales


Pour le moment, au cours de huit jours qui suivent les funérailles d’un pape – donc neuf jours en tout, ce sont les « novemdiales », jusqu’au 4 mai – les cardinaux se rassemblent tous les jours, non seulement pour les congrégations, mais pour prier l’office liturgique et la messe:priorité à la prière et à l’écoute mutuelle dans les « congrégations ». Ces messes sont ouvertes à tous mais en présence de certains groupes liés de manière plus spécifique au pape défunt.


-Dimanche, la célébration a été présidée par le cardinal Plarolin, Place Saint-Pierre, en présence des adolescents venus célébrer leur jubilé.


-Lundi, à 17h dans la basilique Saint-Pierre, l’Église de Rome était invitée à prier pour son évêque défunt, sous la présidence du cardinal Baldassare Reina, vicaire du diocèse.


-Mardi, l’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, le cardinal Mauro Gambetti, présidera la célébration en présence des chanoines des basiliques papales.


-Mercredi, les membres de la chapelle papale participeront à la messe présidée par le cardinal Leonardo Sandri, vice-doyen du Collège des cardinaux, non-électeur. La messe sera réservée aux cardinaux.


-Jeudi 1er mai, le cardinal camerlingue, Kevin J. Farrell présidera la messe, en présence des membres de la curie romaine. 


-Vendredi 2 mai, les Églises orientales prieront à leur tour pour le pape François. La messe sera présidée par l’ancien préfet du dicastère pour les Églises orientales, le cardinal Claudio Gugerotti.


-Samedi 3 mai, l’ancien pro-préfet du dicastère pour la vie consacrée le cardinal Ángel Fernández Artime, présidera la messe en présence de représentants de la vie consacrée.


-Dimanche 4 mai, dernier jour des « novemdiales », le cardinal Mamberti, protodiacre, présidera une messe réservée aux cardinaux, toujours à 17h, à Saint-Pierre.

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