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Le Jubilé du pape François, malade parmi les souffrants

Photo : © Vatican Media; le 6 avril 2025; Place Saint-Pierre

Anita Bourdin

Le pape François a ménagé deux surprises à ses collaborateurs et aux participants du Jubilé des malades et du personnel soignant, ce dimanche 6 avril 2025, Place Saint-Pierre. Il a fait la démarche jubilaire, malade parmi les malades, et il est venu saluer les pèlerins, Place Saint-Pierre. Après des confidences, écrites sur la façon dont il vit la maladie, un plaidoyer, toujours écrit, pour les malades, les soignants, et un système de santé pour tous, le pape a de nouveau lancé un appel à la paix et à la libération de tous les otages.

Le pape est arrivé Place Saint-Pierre vers 11h40, au moment où Mgr Rino Fisichella, pro-préfet du Dicastère pour la nouvelle évangélisation, allait donner la bénédiction finale de la messe jubilaire qui avait débuté à 10h30, sous l’auvent du parvis de la basilique. C’était sa première apparition publique depuis son retour de l’hôpital Gemelli au Vatican, le dimanche 23 mars.

Les remerciements du pape

La possibilité de cette surprise avait filtré, vendredi 4 avril, lors du point presse de Matteo Bruni, directeur de la salle de presse du Saint-Siège, qui annonçait des précisions pour le lendemain, sur Telegram. Mais finalement aucune précision n’a été donnée, au point que la presse internationale se demandait si la santé du pape n’avait pas imposé une annulation de la « surprise », mais Matteo Bruni renvoyait à ce qu’il avait dit la veille, entretenant le suspense.

Au début de l’homélie, lue par Mgr Fisichella, celui-ci a évoqué la présence du pape, même depuis Sainte-Marthe: « À quelques mètres de nous, depuis la résidence Sainte-Marthe, le Pape François nous est proche. Il participe à cette Eucharistie comme beaucoup de personnes malades et de personnes fragiles, à travers la télévision. »

Or, ce dimanche matin, le pape, en fauteuil, poussé par son infirmier personnel, a fait la surprise de venir saluer les malades, dont il se sent particulièrement solidaire, et les soignants, qu’il tient toujours à remercier. Arrivé sur le podium sous les ovations, avant la bénédiction, le pape a été accueilli par Mgr Fisichella. Puis le pape a incliné la tête quand le diacre a demandé: « Inclinez-vous pour la bénédiction ». Puis il a fait, en même temps que le célébrant, mais trois fois, dans trois directions, le signe de la bénédiction, et le diacre a congédié l’assemblée: « Ite missa est ».

Au micro, le pape a alors dit en italien, en agitant les mains, mais sans les lever: « Bon dimanche à tous », puis, vérifiant si le micro marchait bien en tapotant dessus de l’index de la main droite, il a repris: « Bon dimanche à tous, et merci beaucoup! » Les ovations ont redoublé, les Polonais, nombreux, ont agité leurs drapeaux rouges et blancs.

Le pape est ensuite reparti, s’arrêtant notamment pour saluer les huit collaboratrices de la curie qui allaient lire son message final en différentes langues.

Pèlerin parmi les malades

Mais le pape avait ménagé une seconde surprise: le Vatican a en effet indiqué sur son canal Telegram que le pape avait fait la démarche jubilaire, comme les autres malades, avant d’arriver sur le parvis de la basilique Saint-Pierre.

« Ce matin, indique ce compte Telegram du Saint-Siège, en italien, le pape François s’est uni au pèlerinage jubilaire des malades et du monde de la santé. Avant de saluer les pèlerins et les fidèles présents sur la Place – auxquels il a exprimé ses remerciements -, il a reçu le sacrement de la réconciliation dans la basilique Saint-Pierre, et il s’est recueilli pour prier et il a franchi la Porte Sainte ».

Le pape a ainsi reçu « l’indulgence plénière » jubilaire qui remet les péchés et annule les peines dues pour les conséquences des péchés, aux conditions prévues par l’Église, notamment la confession et la communion sacramentelles.

Mais surtout, le pape a montré l’exemple de l’espérance jubilaire, malade parmi les malades, et c’est la première fois qu’un pape qui a ouvert les Portes saintes, se fait ensuite lui-même de nouveau pèlerin pour un jubilé spécifique.

Auparavant, le pape avait préparé l’homélie lue pendant la messe par Mgr Fisichella, et un message pour l’angélus lu au terme de la messe.

L’espérance de Benoît XVI et un chemin de sainteté

Dans son homélie, le pape François parle de maladie et il parle d’expérience de l’appel à l’espérance: « Avec vous, chers frères et sœurs malades, je partage beaucoup en ce moment de ma vie : l’expérience de la maladie, de se sentir faible, de dépendre des autres en bien des choses, d’avoir besoin de soutien. Ce n’est pas facile, mais c’est une école où nous apprenons chaque jour à aimer et à nous laisser aimer, sans exiger et sans rejeter, sans regretter et sans désespérer, reconnaissants envers Dieu et envers nos frères pour le bien que nous recevons, abandonnés et confiants pour ce qui doit encore venir. La chambre d’hôpital et le lit de l’infirmité peuvent être des lieux où l’on peut entendre la voix du Seigneur qui nous dit aussi : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? ». Et ainsi renouveler et renforcer la foi. »

Surtout, le pape François cite l’espérance du pape Benoît XVI: « Benoît XVI – qui nous a donné un très beau témoignage de sérénité pendant sa maladie – a écrit que « la mesure de l’humanité se détermine essentiellement dans la relation avec la souffrance » et qu’« une société qui n’arrive pas à accepter les souffrants […] est une société cruelle et inhumaine » (Lett. enc. Spe salvi, 38). Il est vrai que faire face ensemble à la souffrance nous rend plus humains et que partager la douleur est une étape importante de tout cheminement vers la sainteté. Chers amis, ne reléguons pas ceux qui sont fragiles à l’écart de notre vie, comme le fait malheureusement parfois aujourd’hui un certain type de mentalité, n’excluons pas la douleur de notre environnement. Faisons-en plutôt une occasion de grandir ensemble, de cultiver l’espérance grâce à l’amour que Dieu a d’abord répandu dans nos cœurs et qui, au-delà de tout, est ce qui demeure pour toujours. »

Les confidences et la santé pour tous

Dans son message pour l’angélus, le pape se confie encore: « Très chers, comme durant mon hospitalisation, maintenant aussi pendant ma convalescence, je sens « le doigt de Dieu » et je fais l’expérience de sa tendre caresse. En ce jour du Jubilé des malades et du monde de la santé, je demande au Seigneur que ce toucher de son amour rejoigne ceux qui souffrent et qu’il encourage ceux qui prennent soin d’eux. »

Le pape dit sa reconnaissance aux soignants: « Et je prie pour les médecins, les infirmiers, et les membres du personnel de santé, qui ne sont pas toujours aidés à travailler dans des situations adéquates et parfois, ils sont même victimes d’agressions. Leur mission n’est pas facile et il faut la soutenir et la respecter. »

Et il lance un appel pour un système de santé pour tous: « Je souhaite que l’on investisse les ressources nécessaires pour les soins et pour la recherche, afin que les systèmes de santé soient inclusifs et attentifs aux plus fragiles et aux plus pauvres. »

Autre surprise dans la surprise: le pape a salué les femmes détenues dans la prison romaine de Rebibbia et il les remerciées pour leur message: « Je prie pour elles et pour leurs familles. »

Appel à la paix et à la libération des otages

Le message du pape a aussi mentionné la Journée mondiale du « sport pour la paix et le développement »: « Je souhaite que le sport soit un signe d’espérance pour tant de personnes qui ont besoin de paix et d’inclusion sociale, et je remercie les associations sportives qui éduquent concrètement à la fraternité. »

Justement, le pape a insisté pour que l’on continue à « prier pour la paix », évoquant « l’Ukraine martyrisée, frappée par des attaques qui provoquent de nombreuses victimes, dont tant d’enfants ». Et il a ajout »: « La même chose se produit à Gaza, où les personnes sont réduites à vivre dans des conditions inimaginables, sans toit, sans nourriture, sans eu propre. »

D’où cet appel vigoureux: « Que les armes se taisent, et que l’on reprenne le dialogue; que tous les otages soient libérés et que l’on secoure la population. Prions pour lia paix dans tout le Moyen-Orient, au Soudan et au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo, en Birmanie, durement éprouvée aussi par le tremblement de terre, et en Haïti, où la violence se déchaîne, tuant il y a quelques jours deux religieuses. Que la Vierge Marie nous protège et intercède pour nous. »


Homélie du pape François

« Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? » (Is 43,19). Ce sont les paroles que Dieu, par l’intermédiaire du prophète Isaïe, adresse au peuple d’Israël en exil à Babylone. Pour les Israélites, c’est un moment difficile, tout semble perdu. Jérusalem a été conquise et dévastée par les soldats du roi Nabuchodonosor II et le peuple déporté n’a plus rien. L’horizon semble bouché, l’avenir sombre, tout espoir anéanti. Tout pourrait pousser les exilés à se laisser aller, à se résigner amèrement, à ne plus se sentir bénis par Dieu.


Pourtant, c’est justement dans ce contexte que le Seigneur invite son peuple à saisir quelque chose de nouveau qui est en train de naître. Non pas quelque chose qui se produira dans le futur, mais qui se produit déjà, qui est en train de germer comme une pousse. De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce qui peut naître, ou plutôt qu’est-ce qui a déjà pu germer dans un contexte aussi désolé et désespéré que celui-ci ?


Ce qui est en train de naître, c’est un peuple nouveau. Un peuple qui, une fois tombées les fausses sécurités du passé, a découvert ce qui est essentiel : rester uni et marcher ensemble dans la lumière du Seigneur (cf. Is 2,5). Un peuple qui pourra reconstruire Jérusalem car, loin de la Ville sainte, avec le temple désormais détruit, ne pouvant plus célébrer de liturgies solennelles, il a appris à rencontrer le Seigneur d’une autre manière : dans la conversion du cœur (cf. Jr 4,4), dans la pratique du droit et de la justice, dans la sollicitude envers les pauvres et les nécessiteux (cf. Jr 22,3), dans les œuvres de miséricorde.


C’est le même message que nous pouvons également saisir, d’une manière différente, dans le passage de l’Évangile (cf. Jn 8, 1-11). Ici aussi, il y a une personne, une femme, dont la vie est détruite : non pas par un exil géographique, mais par une condamnation morale. Elle est une pécheresse, et donc loin de la loi et condamnée à l’ostracisme et à la mort. Pour elle aussi, il semble qu’il n’y ait plus d’espoir. Mais Dieu ne l’abandonne pas. Au contraire, juste au moment où ses bourreaux serrent déjà les pierres dans leurs mains, c’est là que Jésus entre dans sa vie, la défend et la soustrait à leur violence, lui donnant la possibilité de commencer une nouvelle existence : « Va », lui dit-il, « tu es libre », « tu es sauvée » (cf. v. 11).


Avec ces récits dramatiques et émouvants, la liturgie nous invite aujourd’hui à renouveler, sur le chemin du Carême, la confiance en Dieu, qui est toujours présent à nos côtés pour nous sauver. Il n’y a ni exil, ni violence, ni péché, ni aucune autre réalité de la vie qui puisse l’empêcher de se tenir à notre porte et de frapper, prêt à entrer dès que nous le lui permettons (cf. Ap 3, 20). Plus encore, c’est surtout lorsque les épreuves deviennent plus dures que sa grâce et son amour nous serrent encore plus fort pour nous relever.


Chers frères et sœurs, nous lisons ces textes au moment où nous célébrons le Jubilé des malades et du monde de la santé, et la maladie est certainement l’une des épreuves les plus difficiles et les plus dures de la vie, au cours de laquelle nous touchons du doigt à quel point nous sommes fragiles. Elle peut nous faire nous sentir comme le peuple en exil, ou comme la femme de l’Évangile : sans espérance pour l’avenir. Mais il n’en n’est pas ainsi. Même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls et, si nous nous abandonnons à Lui, c’est justement lorsque nos forces nous font défaut que nous pouvons expérimenter la consolation de sa présence. Lui-même, fait homme, a voulu partager en tout notre faiblesse (cf. Ph 2, 6-8) et il sait bien ce qu’est souffrir (cf. Is 53, 3). C’est pourquoi nous pouvons lui confier notre douleur, sûrs de trouver compassion, proximité et tendresse.
Mais pas seulement. Dans son amour confiant, en effet, Il nous implique afin que nous puissions devenir à notre tour, les uns pour les autres, des “anges”, des messagers de sa présence, au point que souvent, tant pour celui qui souffre que pour celui qui l’assiste, le lit d’un malade peut se transformer en un “lieu saint” de salut et de rédemption.


Chers médecins, infirmiers et membres du personnel de santé, alors que vous prenez soin de vos patients, en particulier des plus fragiles, le Seigneur vous offre l’opportunité de renouveler continuellement votre vie, en la nourrissant de gratitude, de miséricorde et d’espérance (cf. Bulle Spes non confundit, n. 11). Il vous appelle à l’éclairer avec la conscience humble que rien n’est acquis et que tout est don de Dieu ; à l’alimenter avec cette humanité qui se fait sentir lorsque, laissant tomber les apparences, reste ce qui compte: les petits et grands gestes d’amour. Permettez à la présence des malades d’entrer comme un don dans votre existence, pour guérir votre cœur, en le purifiant de tout ce qui n’est pas charité et en le réchauffant avec le feu ardent et doux de la compassion.


Avec vous, chers frères et sœurs malades, je partage beaucoup en ce moment de ma vie : l’expérience de la maladie, de se sentir faible, de dépendre des autres en bien des choses, d’avoir besoin de soutien. Ce n’est pas facile, mais c’est une école où nous apprenons chaque jour à aimer et à nous laisser aimer, sans exiger et sans rejeter, sans regretter et sans désespérer, reconnaissants envers Dieu et envers nos frères pour le bien que nous recevons, abandonnés et confiants pour ce qui doit encore venir. La chambre d’hôpital et le lit de l’infirmité peuvent être des lieux où l’on peut entendre la voix du Seigneur qui nous dit aussi : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? » (Is 43,19). Et ainsi renouveler et renforcer la foi.


Benoît XVI – qui nous a donné un très beau témoignage de sérénité pendant sa maladie – a écrit que « la mesure de l’humanité se détermine essentiellement dans la relation avec la souffrance » et qu’« une société qui n’arrive pas à accepter les souffrants […] est une société cruelle et inhumaine » (Lett. enc. Spe salvi, 38). Il est vrai que faire face ensemble à la souffrance nous rend plus humains et que partager la douleur est une étape importante de tout cheminement vers la sainteté.


Chers amis, ne reléguons pas ceux qui sont fragiles à l’écart de notre vie, comme le fait malheureusement parfois aujourd’hui un certain type de mentalité, n’excluons pas la douleur de notre environnement. Faisons-en plutôt une occasion de grandir ensemble, de cultiver l’espérance grâce à l’amour que Dieu a d’abord répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5,5) et qui, au-delà de tout, est ce qui demeure pour toujours (cf. 1Cor 13,8-10.13).

© Traduction du Vatican

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