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Deux cent mille, à la messe inaugurale du pontificat du pape Léon XIV

Photo : © Vatican Media; l’anneau du pêcheur est remis au pape par le cardinal philippin Luis Antonio Tagle; le 18 mai 2025

Gabriel Klum

La messe inaugurale du pontificat du pape Léon XIV a été présidée par le pape ce dimanche 18 mai 2025, Place Saint-Pierre, ornée pour l’occasion de fleurs et d’un tapis de pelouse verte. Des rites spécifiques marquent la célébration: remise du pallium, de l’anneau, rite de l’obéissance dans la foi. À la fin de la messe, au moment de la prière mariale, selon le Vatican, 200 000 personnes étaient présentes Place Saint-Pierre.

Les rites, les gestes liturgiques explicatifs qui scandent la célébration signifient que l’entrée dans le pontificat qui a commencé le 8 mai, dès l’élection du cardinal Robert Francis Prevost comme Successeur de Pierre, est un processus qui se déploie progressivement, notamment par cette messe d’inauguration du pontificat, mais ensuite aussi par la « prise de possession » de sa chaire de Saint-Jean-du-Latran, cathédrale du pape, lieu de sépulture de Léon XIII, et des trois autres basiliques papales de Rome.

Le pape a choisi de faire précéder la célébration d’un contact direct avec la foule présente en faisant le tour de la place en « papamobile », dans les allées de la place Saint-Pierre et jusqu’au bout de la rue de la Conciliation en direction du Tibre: première expérience d’un bain de foule du pontificat, sous les ovations et la liesse générale, et avec les mêmes gestes que ses prédécesseurs, Jean-Paul II, Benoît XVI et le pape François, pour bénir, notamment les enfants. Le pape nord-et-sud-américain Léon XIV semble se tenir à un point médian entre l’exubérance du pape argentin et la réserve raisonnée du pape bavarois, qui se refusait à tout ce qui pouvait ressembler à l’ombre d’un début de culte de la personnalité.

Le pallium et l’anneau
Revenu dans la basilique Saint-Pierre, le pape Léon XIV est d’abord descendu, sous l’autel « de la confession » auprès de la tombe de saint Pierre, où se trouve le coffre des palliums. Le pallium du pontificat y était disposé sur un plateau ainsi que « l’anneau du pêcheur » – sur lequel est représenté l’apôtre Pierre tenant dans sa main droite les « clefs » que le Christ lui a remises -, et dans sa main gauche le filet du pêcheur, gravé symboliquement aussi sur le pourtour de l’anneau – et l’évangéliaire. Le pape était accompagné des patriarches des Églises orientales catholiques qui, cette semaine, ont fêté leur Jubilé. L’anneau du pape Léon porte aussi à l’intérieur son nom en latin « Leo XIV » et deux éléments de son blason: le lys et le cœur augustinien.

Le pallium de laine d’agneau blanche aux deux pans aux extrémités noires – le petit sabot des agneaux -, portant quatre croix noires brodées, et décoré de trois fibules – signes des trois clous de la Croix du Christ -, représente la brebis sur les épaules du bon pasteur. Il représente aussi le « joug » du Christ et sa loi d’amour, car l’évêque de Rome doit « présider à la charité ». Il exprime enfin la communion dans l’Église: il est en effet remis par les papes aux archevêques métropolitains.

Le pape a choisi comme bâton pastoral pour cette messe inaugurale celui rendu célèbre par saint Jean-Paul II dont c’est l’anniversaire en ce 18 mai. Il s’agit de la férule de saint Paul VI réalisée en 1965 par l’orfèvre Lello Scorzelli. Elle a pour particularité de représenter Jésus crucifié, et non une simple croix, comme les autres férules papales. Elle a été portée par Jean-Paul Ier, Jean-Paul II, Benoît XVI et par le pape François: elle est donc aussi un signe de la continuité des pontificats. La couleur liturgique des chasubles était le blanc, en ce temps pascal, qui célèbre la résurrection du Christ.

La Mère du Bon Conseil
Les insignes du pontificat ont été encensés par le pape en même temps que le tombeau de saint Pierre, puis les diacres sont remontés en portant le pallium, l’anneau et l’évangéliaire. Le pape et les patriarches sont remontés à leur suite pour la procession avec les cardinaux dans la basilique Saint-Pierre jusqu’au parvis de la basilique, au rythme l’invocation chantée des saints et du Christ et au son de l’orgue et des trompettes.

En présence de l’image de Marie, Mère du Bon Conseil, de Genazzano, chère au pape Léon XIV, la messe a ensuite suivi le déroulé de la liturgie de la Parole, la confession des péchés et l’aspersion d’eau, le chant du gloria, les lectures: Actes des Apôtres (4, 8-10), psaume 117, première épître de Pierre (5, 1-5. 10-11), évangile de la triple confession d’amour de Pierre au Christ, et la charge de paître les brebis que Jésus ressuscité lui confie (21, 15-19). Selon la tradition romaine, l’Évangile a été cantilé en latin avant d’être chanté aussi en grec.

Le pallium a été « imposé » par le cardinal Mario Zenari, nonce en Syrie, à Damas. L’oraison a été prononcée par le cardinal prêtre Fridolin Ambongo Besungu, cardinal de la RDC. L’anneau du pêcheur a été remis au pape par le cardinal philippin Luis Antonio Tagle, premier des cardinaux-évêques. Puis le diacre a apporté l’évangéliaire avec lequel le pape a béni toute l’assemblée.

La foi qui unit
Le rite de l’obéissance de la foi est aussi l’un des rites de ce début du pontificat, au son du chant « Tu es Pierre » – « Tu es Petrus » -, mais les applaudissements de la foule ont un moment interrompu le rite, alors que le pape était visiblement très ému.

Toutes les composantes de l’Église catholique ont été représentées lors de ce rite de l’obéissance dans la foi, occasion d’échanges chaleureux avec le pape: trois cardinaux, un archevêque, un prêtre, un diacre, une religieuse, un religieux, un couple d’époux, et deux jeunes.
Ce sont:
-le cardinal Franck Leo, 53 ans, religieux stigmatin, archevêque métropolitain de Toronto, Canada;
-le cardinal Jaime Spengler, 64 ans, franciscain, archevêque de Porto Alegre, Brésil;
-le cardinal John Ribat, 68 ans, missionnaire du Sacré-Coeur, archevêque de Port-Moresby, Papouasie-Nouvelle-Guinée;
-Mgr Miguel Angel Contreras Llajaruna, 45 ans, mariste, archevêque de Callao, Pérou, première nomination du pontificat, le 15 mai;
-un prêtre, le p. Guillermo Inca Pereda, 66 ans, oblat de Saint-Joseph, vicaire général du diocèse aux armées du Pérou et secrétaire général de la Conférence épiscopale péruvienne;
-un diacre permanent du diocèse de Rome, père de famille, Teodoro Mandato;
-sœur Oonah O’Shea, née en Australie de parents irlandais, longtemps en mission aux Philippines, supérieure générale de Notre-Dame de Sion, nouvelle présidente de l’UISG;
-le Préposé général des jésuites, le p. Arturo Sosa, président de l’USG.
-un couple d’époux italo-péruviens, Rafael Santa Maria et Ana María Olguín;
-deux jeunes péruviens, Josemaria Diaz et Sheyla Cruz.

« Comme un frère »
Dans son homélie, le pape Léon XIV a confié ce qu’il avait ressenti au moment de son élection et comment il entend vivre sa mission: « J’ai été choisi sans aucun mérite et, avec crainte et tremblements, je viens à vous comme un frère qui veut se faire le serviteur de votre foi et de votre joie, en marchant avec vous sur le chemin de l’amour de Dieu, qui veut que nous soyons tous unis en une seule famille. »

Il a rappelé la priorité de la charité: « L’Église de Rome préside à la charité et sa véritable autorité est la charité du Christ. Il ne s’agit jamais d’emprisonner les autres par la domination, la propagande religieuse ou les moyens du pouvoir, mais il s’agit toujours et uniquement d’aimer comme Jésus l’a fait. »

Il a aussi indiqué comment il envisageait l’exercice de l’autorité: « Paître le troupeau sans jamais céder à la tentation d’être un meneur solitaire ou un chef placé au-dessus des autres. »

Les cardinaux concélébrant à l’autel étaient l’Italien Giovanni Battista Re, doyen du collège cardinalice, et le vice-doyen, l’argentin Leonardo Sandri.

Le frère du pape
Étaient présents à la célébration:
-200 cardinaux, 750 évêques et archevêques, 3 000 prêtres, dont 200 pour distribuer la communion, et 400 diacres;
-des représentants d’autres confessions chrétiennes: 17 délégations, dont en premier le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée, et des représentants du protestantisme;
-des représentants d’autres confessions religieuses: 13 représentants du judaïsme, un représentant de l’islam d’Italie, Milo Hasbani (UCEI), mais aussi des hindouistes, bouddhistes, jainistes, sikhs, zoroastriens;
-des représentants de 156 pays et organisations internationales, venant de 149 pays, dont 9 souverains régnants, 23 chefs d’État – le président Zelensky -, 5 princes et représentants de maisons royales, – dont l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Oman -, 21 chefs de gouvernements, 7 vice-chefs de gouvernements, 2 vice-premiers ministres, 8 présidents de parlements, 8 ministres des Affaires étrangères, 7 représentants d’organisations internationales, 19 ministres, et leurs délégations, des ambassadeurs (31) et d’autres personnalités (13).
Les États-Unis étaient représentés par M. James David Vance, vice-président, et par M. Marco Antonio Rubio, secrétaire d’État; le Pérou par la présidente, Mme Dina Ercilia Boluarte Zegarra.
Mme Olga Liubimova, ministre russe de la Culture a été empêchée pour un problème d’avion.

Avant la messe, le pape avait reçu la présidente péruvienne et le président ukrainien. Le vice-président des États-Unis devrait être reçu lundi matin.

Après la messe, le pape a salué des personnalités dans la basilique Saint-Pierre, à commencer par le président italien Sergio Mattarella et la présidente du Conseil, Giorgia Meloni. Mais aussi M. Vance et M. Rubio et leurs épouses.

Et un des deux frères du pape, Louis Prevost, qu’il a embrassé chaleureusement, et sa femme, Deborah.

Les souverains de Belgique, la reine Mathilde usant de son privilège des reines catholiques de porter du blanc en présence du pape, comme la reine Letizia d’Espagne et la princesse Charlène de Monaco.

Quand le pape a vu arriver le président irlandais appuyé sur sa canne, il a fait quelque pas vers lui et son épouse.

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