Photo : Facebook du diocèse de Luxembourg
Parce que Marie, Mère de Jésus, « est elle-même blessée », « elle peut rejoindre les enfants blessés. Car l’empathie véritable est toujours une empathie blessée. Toujours. » : ce sont les paroles du cardinal maltais Mario Grech, secrétaire général du Synode et envoyé du pape François au jubilé des 400 ans de la vénération de Notre-Dame Consolatrice des Affligés, au Luxembourg.
Le cardinal a présidé la messe solennelle de la clôture du pèlerinage de cette année à la Consolatrice des Affligés, dans la Cathédrale Notre-Dame de Luxembourg, le 25 mai 2025, indique le diocèse de Luxembourg. Chaque année, entre le quatrième et le sixième dimanche de Pâques, lit-on, les pèlerins viennent à la cathédrale de Luxembourg, pour y honorer la sainte patronne de la ville et du pays : Notre-Dame Consolatrice des affligés. Les cérémonies se terminent par une procession solennelle dans les rues de la ville. Malgré la pluie, la Consolatrice des Affligés a parcouru les rues du centre-ville, entourée par les pèlerins, les prêtres, les religieux et religieuses, le nonce apostolique, l’évêque auxiliaire de Luxembourg, l’archevêque de Luxembourg, le cardinal Jean-Claude Hollerich, ainsi que le cardinal Grech.
Dans son homélie, le cardinal Grech a souligné que « nous ne pouvons comprendre la souffrance de l’autre que si nous avons nous-mêmes traversé la nuit ». « C’est une loi de la compassion », a-t-il expliqué : « La compassion, ce n’est pas la souffrance du fort avec le faible – cela, c’est de la condescendance. Ce n’est pas non plus la souffrance du faible avec le fort – cela, c’est de la soumission. C’est la souffrance du blessé avec le blessé. Du fragile avec le fragile. Du cœur brisé avec le cœur brisé. C’est cela que montre Marie. C’est cela que vivent ceux qui sont au pied de la croix. Et c’est cela que doit devenir l’Église. »
La vénération de Marie, Consolatrice des affligés, ce « n’est pas une simple décoration spirituelle », a-t-il noté. « Il dit quelque chose d’essentiel sur elle. Marie est la Mère des affligés, parce qu’elle souffre avec eux. Sa compassion n’est pas une mise en scène. Elle ne fait pas semblant. Elle ne console pas en paroles. Elle console par sa présence, par sa douleur offerte, par sa fidélité. Elle est la Mère souffrante. »
Homélie du cardinal Mario Grech
Frères et sœurs bien-aimés,
Il n’y a pas de solution sans compréhension, et il n’y a pas de compréhension sans empathie. Ceci n’est pas une formule philosophique. C’est une leçon de vie. Et je crois que chacun de vous ici présents peut s’y reconnaître. Rappelez-vous en effet un moment de votre vie où tout semblait sombre, une période d’épreuve, de souffrance ou de perte. Ce que vous recherchiez alors, ce n’était pas une solution rapide – parce qu’au fond, vous saviez qu’il n’y en aurait pas. Ou peut-être qu’il n’y en avait simplement pas du tout. Ce que vous désiriez, c’était être compris. Vous n’attendiez pas que quelqu’un allège votre fardeau – car vous saviez que cela, aussi, était impossible. Mais vous espériez qu’une personne vous rejoigne dans cette douleur. Qu’elle vous écoute, qu’elle partage ce poids, même silencieusement. Malheureusement, ce que nous cherchons ainsi chez les autres – la compréhension, l’empathie – est souvent aussi difficile à trouver. Pourquoi ? Parce que l’empathie est une qualité rare et exigeante.
L’empathie, ce n’est pas en effet observer de loin. C’est entrer dans le mystère d’une autre douleur. C’est ressentir avec l’autre. Porter, avec lui, ce qui le blesse. Et cela demande de l’humilité. Cela demande d’être soi-même touché, vulnérable.
Voilà pourquoi, frères et sœurs, il n’y a pas de solution sans compréhension. Et pas de compréhension sans empathie. Mais trop souvent, il n’y a ni solution, ni compréhension… parce qu’il n’y a pas d’empathie.
L’Évangile que nous venons d’entendre nous donne pourtant de vibrants exemples d’empathie. C’est un récit bref, mais rempli de noms, de visages, de présences. Il y a Jésus, bien sûr, mais aussi Marie, Jean, Marie-Madeleine, l’autre Marie, et même ceux qui sont là sans être nommés, les spectateurs. Ce qui est frappant dans ce texte, ce n’est pas qu’ils soient là au même moment, au même endroit. Ce qui est frappant, c’est qu’ils sont unis dans la souffrance. Ce n’est pas chacun pour soi. Ce n’est pas une solitude collective. C’est une souffrance partagée, une communion dans la douleur. Le Calvaire n’est pas seulement le lieu du sacrifice. C’est aussi le lieu de la compassion, Cum-passio, souffrir-avec.
Le Calvaire est le sommet de l’empathie. D’abord, en Jésus lui-même, Dieu souffrant avec nous. Dieu meurt avec l’homme.
Mais aussi dans la compassion des spectateurs pour Marie et Jean.
Dans la compassion de Jean, à qui Jésus dit : « Voici ta mère ». Autrement dit : partage sa peine, sois son fils dans la douleur.
Et, surtout, dans la compassion de Marie.
À elle, Jésus dit : « Voici ton fils ». Autrement dit : partage sa douleur, deviens sa mère dans la souffrance. Et c’est bien ce que nous célébrons aujourd’hui.
Nous fêtons Marie, Mère de Jésus, Consolatrice des affligés. Cela fait en effet quatre-cents ans que les habitants de Luxembourg demandent la protection de la Vierge Marie. Mais ce souvenir n’est pas une simple décoration spirituelle. Il dit quelque chose d’essentiel sur elle. Marie est la Mère des affligés, parce qu’elle souffre avec eux. Sa compassion n’est pas une mise en scène. Elle ne fait pas semblant. Elle ne console pas en paroles. Elle console par sa présence, par sa douleur offerte, par sa fidélité. Elle est la Mère souffrante.
Et c’est précisément parce qu’elle est elle-même blessée qu’elle peut rejoindre les enfants blessés. Car l’empathie véritable est toujours une empathie blessée. Toujours.
Nous ne pouvons comprendre la souffrance de l’autre que si nous avons nous-mêmes traversé la nuit. C’est une loi de la compassion. On ne peut consoler que si l’on a été consolé. On ne peut porter avec l’autre sa souffrance que si l’on sait ce que c’est que de porter seul une souffrance. La compassion, ce n’est pas la souffrance du fort avec le faible – cela, c’est de la condescendance. Ce n’est pas non plus la souffrance du faible avec le fort – cela, c’est de la soumission.
C’est la souffrance du blessé avec le blessé. Du fragile avec le fragile. Du cœur brisé avec le cœur brisé. C’est cela que montre Marie. C’est cela que vivent ceux qui sont au pied de la croix. Et c’est cela que doit devenir l’Église.
Car l’Église n’est pas une institution au-dessus de la souffrance du monde. Elle naît au pied de la croix. Elle naît blessée. Et c’est dans ses blessures qu’elle trouve son autorité spirituelle. Ce que nous disons de Marie aujourd’hui ne s’applique pas seulement à elle en tant que personne. Cela s’applique à elle en tant que figure de l’Église. Et donc, cela nous concerne tous.
Une Église qui ne reconnaît pas ses blessures ne peut pas comprendre celles du monde. Une Église qui se croit forte ne peut pas compatir. Une Église blessée, en revanche, oui. Une Église blessée qui accepte ses fragilités peut devenir un lieu d’empathie, un lieu de consolation. Et c’est cette Église blessée, rassemblée au Calvaire, que nous retrouvons à la Pentecôte. Les mêmes personnes. Les mêmes cœurs. Mais transfigurés. Ceux qui pleuraient, proclament maintenant. Ceux qui souffraient, annoncent maintenant. Et ce n’est pas un hasard si le mot passion signifie à la fois souffrance et enthousiasme brûlant. Il y a un lien, profond, mystérieux, entre nos blessures et notre mission. Entre la croix et l’évangélisation.
Frères et sœurs, notre passion d’annoncer l’Évangile sera artificielle si elle ne naît pas de nos blessures. Elle ne convaincra pas si elle vient d’une Église qui fait semblant d’être parfaite. Mais elle peut toucher les cœurs, si elle vient d’une Église blessée, guérie par la grâce, et qui n’a pas peur de montrer ses cicatrices. C’est cela, être des pèlerins d’espérance. Non pas des héros, mais des blessés en marche. Nous marchons avec ceux qui souffrent, parce que nous aussi, nous avons été souffrants. Nous accompagnons ceux qui pleurent, parce que nous aussi, nous avons pleuré.
Et nous annonçons Celui qui guérit, parce que nous-mêmes, nous avons été guéris.
Que Marie, Consolatrice des affligés, continue de marcher avec nous.
Qu’elle nous enseigne la compassion.
Et qu’elle nous aide à devenir, à notre tour, des consolateurs.
Amen.








