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Réflexions dominicales : «L’obéissance chrétienne est libre et elle libère», par Mgr Follo

Photo: © capture-vaticaninfo.com; CR1

Ancien observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO (2002-2021), journaliste, professeur de philosophie et d’anthropologie culturelle, Mgr Francesco Follo réfléchit sur les textes bibliques du dimanche 25 mai 2025 dans son blog Riflessioni domenicali.

Mgr Follo souligne qu’ « aimer » ce « n’est pas faire don de ce qui est à nous, mais faire don de soi ». Il rappelle que « dans les Saintes Écritures l’amour est associé à l’obéissance, car obéir c’est se donner ». « L’obéissance chrétienne est avant tout une attitude d’amour », note-t-il.

Mgr Follo explique pourquoi l’obéissance chrétienne est importante : « Obéir à Dieu est important, car, en Lui obéissant, nous faisons sa volonté de bonté et de perfection, nous voulons les mêmes choses que Lui, et nous réalisons notre vocation première qui est d’être ‘à son image et ressemblance’. »

Et il poursuit : « Tant qu’il n’y a pas d’amour, nous obéissons, ‘forcés’, aux différentes règles plus ou moins rigides et plus ou moins nombreuses. En amour, on écoute la volonté de l’être aimé et on est heureux d’y répondre. L’obéissance chrétienne est libre et elle libère. »

Voici les réflexions de Mgr Follo :

Chercher la vérité par l’amour (Léon XIV)

VIe dimanche de Pâques – Année C – 25 mai 2025

 Act 15, 1-2.22-29; Ps 144 (145); Ap 21,10-14.22-23; Jn 14,23-29

Une présence à écouter et à accueillir : à aimer

Jésus répondit à l’apôtre Jude Thadée (non pas l’Iscariote) – qui voulait mieux comprendre comment Jésus se serait fait connaître aux disciples, et non au monde – ce qui suit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui » (Jn 14,23). Dans cette phrase, le verbe grec qui traduit “aimer” est “agapao”, qui exprime « l’amour qui reste fidèle, l’amour typique de Dieu ». Celui qui aime Jésus de cet amour fidèle se reconnaît, car il observera la parole de Jésus-Christ. Observer signifie également « protéger, garder » cette parole. Ce verbe nous suggère le style avec lequel nous devons nous approcher de la Parole : il ne faut pas seulement la tenir sous clé comme un trésor précieux, mais il faut aussi la regarder, l’admirer, la soupeser dans notre cœur. Elle est un don qui vient de Celui que nous aimons et nous ne pouvons pas nous arrêter de la regarder, de l’écouter, de la méditer, de la soupeser. Celui qui se dédie à cet amour de Jésus et à la garde de sa Parole, sera aimé par le Père. Cela ne veut pas dire que le Père n’aime pas les autres, au contraire son Amour précède celui de l’homme et l’amour du Père ne pose pas de condition. Celui qui aime le Fils sera aimé du Père au sens où, dans l’écoute de sa Parole et dans le désir d’être uni à Dieu, il se rend compte que cet amour est répandu sur lui et qu’il ne peut qu’en jouir. Son amour le rend accueillant. Il ouvre son cœur au Père et au Fils qui peuvent prendre leur demeure en lui. Cette idée de la demeure est très importante pour le peuple d’Israël. Le Seigneur avait promis à plusieurs reprises qu’il viendrait faire sa demeure chez eux (Cfr. He 37, 26-27 ; Zc 2,14) et Salomon lui-même s’étonnait que Dieu avait accepté de demeurer dans le Temple de Jérusalem (lRe 8,27). Désormais, grâce à l’incarnation, le cœur de l’homme est en mesure d’accueillir Dieu (2Cor 6,16 ; Eph 3,17). En outre, aimer Jésus signifie vivre comme lui, dans l’amour du Père et des frères. En partant, Jésus ne nous laisse pas orphelins : il nous envoie son Esprit qui nous permet d’aimer comme lui. S’il était avec nous et auprès de nous auparavant, à partir de maintenant il sera chez nous. Celui qui aime est demeure de l’aimé : il le porte dans son cœur, comme une partie de sa vie. Depuis toujours nous sommes chez Dieu, qui nous aime par un amour éternel ; si nous l’aimons, lui aussi il est chez nous comme nous chez lui.

Obéir, c’est écouter l’Aimé et observer sa parole

Le pape François nous a appris: « Qu’est-ce que cela veut dire obéir à Dieu ? Cela signifie que nous devons être tous enchaînés comme des esclaves? Non, car celui qui obéit à Dieu, est libre, il n’est pas un esclave ! et si j’obéis et je ne fais pas ce que je veux, je suis libre ? Cela me semble une contradiction. Et pourtant ce n’est pas une contradiction ». En effet, « obéir vient du latin, et signifie écouter, entendre l’autre. Obéir à Dieu signifie écouter Dieu, ouvrir le cœur pour prendre le chemin que Dieu nous indique. L’obéissance à Dieu est l’écoute de Dieu. Et cela nous rend libres » (11 avril 2013). Dans le passage romain de l’Évangile de ce VIe dimanche de Pâques, Jésus fait le lien entre l’Amour qu’on Lui porte et l’observance de sa parole: « Celui qui m’aime restera fidèle à ma parole » (rester fidèle signifie ici mettre en pratique). Mais pourquoi est-il si important d’obéir à Dieu ? Pourquoi Dieu tient-il tant à ce qu’on lui obéisse ? Certes pas pour le plaisir de commander. Il est un Père qui veut des enfants et non des esclaves. Ces enfants sont appelés à l’aimer en lui obéissant, car l’amour est réellement une affirmation de l’autre, d’un Autre : c’est l’« obéissance », pratiquée comme affirmation d’une présence comme critère et comportement de vie. Obéir à Dieu est important, car, en Lui obéissant, nous faisons sa volonté de bonté et de perfection, nous voulons les mêmes choses que Lui, et nous réalisons notre vocation première qui est d’être « à son image et ressemblance ». Nous sommes dans la vérité, dans la lumière et par conséquent sommes dans la paix, comme le corps qui a atteint son niveau de quiétude. Dante Alighieri a renfermé tout cela dans un des vers les plus beaux de toute la « Divine Comédie »: « Notre paix est dans sa volonté » (Dante Alighieri, Paradis, 3,85). Pour comprendre que la Parole du Christ n’est pas un ordre, une imposition, mais une loi de liberté amoureuse, nous devons demander au Seigneur de nous faire comprendre que l’amour n’est pas donner ce que l’on a, mais ce que l’on est; alors on veut aussi ce que les autres sont, et non leurs choses. Aimer n’est pas faire don de ce qui est à nous mais faire don de soi. Ce n’est pas pour rien que dans les Saintes Écritures l’amour est associé à l’obéissance, car obéir c’est se donner. Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements … Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime, dit Jésus durant la Cène. L’obéissance chrétienne est avant tout une attitude d’amour. C’est cette écoute particulière qui existe entre de vrais amis, éclairée par cette certitude que l’ami, qui donne la vie pour son ami, n’a que de bonnes choses à dire et à donner à celui-ci : une écoute imprégnée de confiance qui fait que l’on accueille la volonté du Christ, sûr qu’elle sera pour le bien. L’obéissance à Dieu est un chemin de croissance et donc, un chemin de liberté pour la personne car elle lui permet d’accueillir un projet ou une volonté autre que le sien ou la sienne qui, sans la mortifier ni la diminuer, fonde la dignité humaine. 

Obéir c’est vivre librement

Tant qu’il n’y a pas d’amour, nous obéissons, « forcés », aux différentes règles plus ou moins rigides et plus ou moins nombreuses. En amour, on écoute la volonté de l’être aimé et on est heureux d’y répondre. L’obéissance chrétienne est libre et elle libère. Cette obéissance à Dieu coïncide aussi avec « le vrai bien de l’Homme », de chaque homme. Pour le chrétien, aimer Dieu implique bien entendu qu’il obéisse à sa volonté en vue d’un bien extrême: la paix et l’amitié avec Dieu et avec les hommes (pensons à la « loi des Béatitudes » donnée par Jésus lors de son sermon sur la montagne). La Vierge Marie est, après le Christ, l’exemple le plus parfait de cette obéissance, de cet amour et de cette liberté. Elle a accueilli le Verbe de Dieu dans un geste de liberté suprême. Marie « est restée fidèle » (= a conservé et appliqué) au don de l’Amour de Dieu qui, grâce à son « oui » obéissant, s’est fait chair et a établi sa demeure en nous et parmi nous. Elle a obéi à la loi suprême de l’amour. Par son « oui », elle a fait en sorte que la vérité et l’amour de Dieu entrent dans son cœur et dans celui de chaque être humain qui, comme elle, dit « oui » au don de Dieu. Alors Dieu établit dans le cœur humain sa demeure. Il n’est pas n’importe quel Dieu : Il est le Dieu vivant, Qui est amour, Qui crée à son image les libertés, Qui délivre de la mort par la croix de Pâques, Qui ouvre à l’homme, dans l’Esprit Saint, l’espace infini de la vraie liberté. Croire en ce Dieu n’est pas adhérer à une théorie, ce n’est pas avoir une opinion sur le divin et l’humain. Croire, c’est reconnaître une Présence qui nous aime. En effet « la foi naît de l’impact de l’amour de Jésus avec le cœur de l’homme. La foi c’est l’initiative de l’amour de Jésus Christ sur son cœur.» (Benoît XVI).           

L’Amour est bonheur 

Un moine augustin, resté dans l’anonymat, a laissé par écrit : « L’amitié est une vertu, mais l’être aimé n’est pas une vertu, il est le bonheur ». Il faut d’abord être aimé, puis on peut aimer. Il faut d’abord être content d’être aimé, puis on transmet cet amour plein de joie aux autres, en observant le commandement de l’amour. L’amour pour le Christ est la réponse libre et totale au choix originel que Lui a fait en nous aimant, une réponse qui ne saurait être un vague sentiment, mais passe par l’écoute attentive de la parole de vérité que le Christ nous a annoncée, parole de vie, parole qui sauve, parole accueillie, cultivée dans le cœur puis vécue. Qui aime vraiment le Seigneur, L’écoute, Le suit, se laisse guider par Lui, parce qu’il sait que lui obéir n’est pas une chose lourde, mais un signe d’amour qui dit désir, affection, amitié, appartenance. En plus, dans le bref passage de l’Évangile romain qui nous est proposé aujourd’hui, l’amour est aussi « lieu de rencontre » avec le Père, l’endroit où le Père et le Fils Jésus établissent leur demeure: « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui ». L’évangile de charité demande de construire des maisons de charité, des communautés de charité vécue, qui soient un signe tangible de la nouveauté du Christ dans l’histoire, humble levain, mais fécond, dans la société individualiste et conflictuelle. Les vierges consacrées sont le cœur de ces communautés. Ces femmes témoignent que l’amour est un don de soi, et que ce don, à un certain moment, trouve confirmation dans ceci : « tu ne peux plus rien posséder à partir du moment où tu ne te possèdes plus toi-même ». C’est avec bonheur qu’elles ont tout donné à l’Amour et avec bonheur qu’elles le répandent (voir Préliminaire du Rituel de consécration, paragraphe II : Mission des vierges consacrées : Sous l’impulsion de l’Esprit Saint, les vierges consacrées vouent à Dieu leur chasteté pour un plus grand amour du Christ et une plus grande disponibilité à tous. Elles s’adonnent en effet à la prière, à la pénitence, au service de leurs frères et au travail apostolique, suivant leur état et leurs charismes respectifs.). En outre, par leur existence dédiée complètement à Dieu, les Vierges consacrées montrent la vérité profonde de cette affirmation du Christ : “Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père, je l’aimerai, et je me ferai connaître à lui”. (Jn 14,21). Comme Saint Ambroise le disait : “Les vierges consacrées sont un signe de véritable beauté dans le monde”. La beauté de la vie consacrée est également le thème fondamental de l’exhortation post-synodale « Vita consecrata », qui se développe amplement à partir de l’icône de la transfiguration. “C’est beau de rester avec toi, Seigneur, de se donner à toi, de concentrer notre existence exclusivement sur toi !”. En effet, celui qui a reçu la grâce de cette communion spéciale d’amour avec le Christ, se sent attiré par sa splendeur : il est “le plus beau parmi les fils de l’homme” (Ps 45).

Un commentaire

  1. Rousseau
    27 avril 2026

    Très bel article, plein de Vérités à vivre !

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