Photo: Fides, DR
Anita Bourdin
Le pape Léon XIV a exprimé sa proximité après l’attaque contre la paroisse qui porte le nom de la bienheureuse religieuse martyre Anuarite Nengapeta (1939-1964), à Komanda, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC).
« Tragédie » dans une paroisse catholique
Le pape « implore Dieu afin que le sang de ces martyrs soit une semence de paix, de réconciliation, de fraternité et d’amour pour tout le peuple congolais », indique le télégramme publié en français par le Vatican, lundi 28 juillet 2025. Un message signé, pour le pape, par le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin et adressé à Mgr Fulgence Muteba Mugalu, président de la Conférence épiscopale de RDC (CENCO).
Le pape Léon XIV a « appris avec consternation et profonde affliction » cette « attaque perpétrée contre la paroisse « Bienheureuse Anuarite » de Komanda dans la province de l’Ituri, qui a causé la mort de plusieurs fidèles, rassemblés pour le culte ».
Le pape s’associe « au deuil des familles et de la communauté chrétienne gravement touchées », et il leur exprime « sa proximité », les assurant de « sa prière».
« Cette tragédie nous invite davantage à œuvrer pour le développement humain intégral de la population meurtrie de cette région », insiste le pape Léon XIV.
Enfin, Léon XIV accorde « la bénédiction apostolique à la paroisse Bienheureuse Anuarite de Komanda, particulièrement aux familles éplorées, ainsi qu’aux filles et fils de la République démocratique du Congo et à la nation entière ».
Armés de fusils et de machettes
Des hommes armés ont en effet pris pour cible cette église catholique de Komanda, petite ville du diocèse de Bunia, située dans la province de l’Ituri, dans la nuit de samedi 26 à dimanche 27 juillet 2025, vers 21 heures, indique l’agence vaticane missionnaire Fides: « Des dizaines de catholiques ont été tués à coups de fusils et de machettes alors qu’ils étaient réunis dans l’église paroissiale Bienheureuse Anuarite pour une veillée de prière nocturne (…). Le massacre a été perpétré par un groupe de rebelles affiliés à l’État islamique qui, en plus d’attaquer l’église catholique, ont semé la mort et la destruction dans tout le centre-ville, détruisant des maisons et des magasins, ces derniers étant incendiés. Le nombre exact des victimes n’est pas connu, mais les forces de police locales font état de plus de 40 morts (19 femmes, 15 hommes et 9 enfants). Des bénévoles s’affairent à enterrer les morts dans une fosse commune creusée dans le terrain sacré de l’église. Ce qui s’est passé la nuit dernière n’est que le dernier d’une longue série d’attaques. Il y a quelques jours à peine, toujours dans une localité du diocèse de Bunia, une église avait été profanée et, peu avant l’assaut contre la paroisse de Komanda, le village de Machongani avait été attaqué. » La France et l’Italie ont immédiatement condamné le massacre.
Fides précise que selon les médias locaux « les attaques ont été perpétrées par des membres de la Force démocratique alliée (ADF), armés de fusils et de machettes ».
La situation dans la région
L’agence vaticane rappelle la situation dans la région: « L’est du Congo a subi ces dernières années des attaques meurtrières perpétrées par des groupes armés, dont l’ADF et des rebelles soutenus par le Rwanda. L’ADF, qui a des liens avec l’État islamique, opère dans la zone frontalière entre l’Ouganda et le Congo et prend souvent pour cible des civils. Formé à la fin des années 1990 en Ouganda par de petits groupes mécontents du président Yoweri Museveni, le groupe a transféré ses activités au Congo voisin dès 2002, à la suite d’attaques militaires des forces ougandaises, et est depuis lors responsable de la mort de milliers de civils. L’armée congolaise (FARDC) a longtemps eu du mal à contenir le groupe, en particulier dans le contexte du conflit renouvelé avec le mouvement rebelle M23. En 2019, les ADF ont prêté allégeance aux djihadistes de l’État islamique, qui les présente comme sa « province d’Afrique centrale » (ISCAP) et revendique certaines de leurs actions. »
L’agence missionnaire rappelle que fin 2021, « Kampala et Kinshasa ont lancé une opération militaire conjointe baptisée « Shujaa », contre les ADF, sans toutefois parvenir à mettre fin à leurs atrocités »: « Pendant ce temps, la petite ville de Komanda se vide de ses habitants. Les médias locaux font état de milliers de familles qui ont fui leurs maisons : les quartiers de Base, Zunguluka, Umoja et Ngombenyama, considérés comme les plus exposés, sont complètement déserts. Beaucoup de gens se dirigent vers Kisangani, d’autres vers Bunia, à pied, à moto ou en taxi. Ces réfugiés s’ajoutent aux 20 000 réfugiés qui ont déjà atteint Bunia après une attaque dans le territoire de Djugu, plus au nord, et qui vivent depuis plusieurs jours dans la ville dans des campements de fortune. Selon la mairie de Bunia, plus de 2 400 personnes déplacées vivent chez des familles d’accueil, qui vivent elles-mêmes dans des conditions extrêmement précaires. La crainte d’épidémies et de mortalité liées au manque d’eau et de nourriture a alarmé les autorités. »
Pour sa part, l’opération de maintien de la paix de l’ONU en République démocratique du Congo depuis 2010, la MONUSCO, fait état d’au moins 43 morts dont 9 enfants, tués à l’arme blanche. Le curé de la paroisse, le p. Aimé Lokana Dhego, précise que plusieurs autres personnes ont été enlevées et que l’on est pour l’instant sans nouvelles. En tout, plus de 80 personnes ont été tuées en juillet par les ADF, selon la MONUSCO: cette recrudescence d’attaques intervient après plusieurs mois d’accalmie.
Des intérêts « inavouables »
Les évêques de RDC ont lancé de leur côté un appel à la population à ne pas céder à la panique et un appel pressant aux autorités de l’État à prendre leurs responsabilités pour garantir la sécurité des Congolais, ajoute Fides. C’est ainsi que la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a réagi au massacre. Une semaine auparavant, dans la même province, l’église saint Jean de Capistran avait été profanée à Lopa.
Après avoir condamné le massacre, les évêques congolais affirment que leur « indignation est d’autant plus grande que ce énième massacre a eu lieu dans l’une des provinces où l’état d’urgence a été instauré depuis longtemps, renforcé par la mise en commun des forces de l’armée nationale congolaise (FARDC), de l’Ouganda (UPDF) avec la présence pluridécennale de la Mission des Nations Unies pour le Maintien de la Paix (MONUSCO) ». En mai 2021, l’état de siège a en effet été imposé en Ituri et dans le Nord-Kivu afin de permettre à l’armée de vaincre les différents groupes armés qui sèment la mort et la destruction dans les deux provinces depuis des années.
« C’est paradoxalement dans ces Provinces que nous assistons continuellement aux massacres et enlèvements des personnes humaines », souligne la CENCO: « Il est surprenant qu’après tant d’années de gravissimes tueries, les autorités compétentes en matière de sécurité ne parviennent toujours pas à identifier réellement les assaillants », affirment les évêques congolais, laissant entendre qu’au-delà des sigles sous lesquels se présentent les auteurs des massacres, il existe des intérêts inavouables. « Ces tueurs en série, ont-ils un cahier de charge ? À qui profitent ces crimes perpétrés depuis plusieurs années sur des paisibles citoyens ? », s’interrogent les évêques.
Pour aider l’armée congolaise à lutter contre les rebelles de l’ADF, les militaires ougandais sont intervenus en Ituri, dont le territoire est riche en ressources, à commencer par l’or, exploité par des centaines de mines artisanales qui échappent au contrôle des autorités congolaises. La profanation de l’église de Lopa avait quant à elle été attribuée à un groupe armé non djihadiste, le CODECO, soutenu par l’armée congolaise.
Les évêques insistent enfin sur la nécessité de relancer l’initiative conjointe de la CENCO-ECC, estimant qu’elle pourrait contribuer à endiguer la spirale de violence dans la région, souligne encore Fides.








