Photo : © Vatican Media; le pape François au Japon, novembre 2019
Anita Bourdin
« La paix véritable exige le dépôt courageux des armes, en particulier de celles qui ont le pouvoir de provoquer une catastrophe indescriptible », écrit le pape Léon XIV, à l’occasion des anniversaires des bombes nucléaires lancées sur le Japon en 1945.
À l’occasion du 80e anniversaire des bombardements atomiques sur les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki (6 et 9 août 1945), le pape Léon XIV a adressé un message, en date du 14 juillet 2025, mais publié, en anglais, le 5 août, à Mgr Alexis Mitsuru Shirahama, PPS (Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice), évêque japonais d’Hiroshima.
« Je prie pour que cet anniversaire solennel serve d’appel à la communauté internationale pour qu’elle renouvelle son engagement en faveur d’une paix durable pour toute notre famille humaine, ‘une paix désarmée et désarmante’ » écrit le pape Léon XIV qui cite ses propres paroles lors de sa première bénédiction apostolique « Urbi et orbi », au soir de son élection, le 8 mai dernier.
Le pape en appelle à «une « éthique mondiale »: « À notre époque de tensions et de conflits mondiaux croissants, Hiroshima et Nagasaki sont des « symboles de la mémoire » (…) qui nous exhortent à rejeter l’illusion d’une sécurité fondée sur la destruction mutuelle assurée. Au lieu de cela, nous devons forger une éthique mondiale enracinée dans la justice, la fraternité et le bien commun. »
On estime à plus de 200 000 les victimes des bombes larguées par l’aviation des États-Unis sur les villes d’Hiroshima et de Nagasaki, sans compter les morts successives dues aux radiations, et les milliers de blessés souffrant pendant des décennies des conséquences de leurs blessures.
Le jésuite espagnol Pedro Arrupe (1907-1991), futur « général » de son ordre religieux (1965-1983), était présent dans la maison des jésuites d’Hiroshima au moment de l’explosion. À 37 ans, il en est sorti indemne, ainsi que ses jeunes novices. Étant médecin, il s’est immédiatement mis, avec eux, au service des blessés et de l’ensevelissement des morts.
À Nagasaki, ce sont les personnes abritées dans le « Jardin de l’Immaculée » des pères franciscains – fondé par saint Maxililien Kolbe – , qui ont été préservées des conséquences de l’explosion nucléaire. Mais on estime que quelque 20 000 catholiques ont péri dans cette ville de chrétienté remontant au XVIe s.
Réalisant un rêve de jeunesse, le pape François s’est rendu au Japon, en novembre 2019, 38 ans après Jean-Paul II (1981). Il y a prononcé des discours importants à Nagasaki (sur les armes nucléaires et sur les saints martyrs), et à Hiroshima (sur la paix). À Tokyo, il a salué le rayonnement de l’enseignement catholique, notamment de l’Université catholique. Il a été reçu par l’empereur Naruhito au Palais impérial : il y a discuté entre autres des problèmes environnementaux et des tragédies de la bombe. Il a aussi rencontré le Premier ministre japonais d’alors, Shinzô Abe.
Mimaki Toshiyuki, à la tête d’un groupe d’irradiés survivants de la bombe (hibakusha), a alors demandé directement au pape François d’appeler tous les gouvernements du monde à cesser les guerres.
Au Japon, les chrétiens représentent moins de 1% de la population. Les catholiques (moins de 500 000 sur plus de 123 millions d’habitants) sont répartis en 16 diocèses.
Message du pape Léon XIV
À Mgr Alexis M. Shirahama Évêque d’Hiroshima
Je salue cordialement tous ceux qui sont rassemblés pour commémorer le quatre-vingtième anniversaire des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. D’une manière particulière, j’exprime mes sentiments de respect et d’affection pour les survivants des hibakusha, dont les histoires de perte et de souffrance sont un appel opportun à nous tous à construire un monde plus sûr et à favoriser un climat de paix.
Bien que de nombreuses années se soient écoulées, les deux villes restent des rappels vivants des horreurs profondes causées par les armes nucléaires. Leurs rues, leurs écoles et leurs maisons portent encore des cicatrices, à la fois visibles et spirituelles, de ce fatidique mois d’août 1945. Dans ce contexte, je m’empresse de répéter les paroles si souvent utilisées par mon bien-aimé prédécesseur le Pape François : « La guerre est toujours une défaite pour l’humanité ».
En tant que survivant de Nagasaki, le Dr Takashi Nagai a écrit : « La personne de l’amour est la personne de la « bravoure » qui ne porte pas les armes » (Heiwato, 1979). En effet, la paix véritable exige le dépôt courageux des armes, en particulier de celles qui ont le pouvoir de provoquer une catastrophe indescriptible.
Les armes nucléaires offensent notre humanité commune et trahissent également la dignité de la création, dont nous sommes appelés à sauvegarder l’harmonie.
À notre époque de tensions et de conflits mondiaux croissants, Hiroshima et Nagasaki sont des « symboles de la mémoire » (cf. François, Lettre à Mgr Alexis-Mitsuru Shirahama, évêque d’Hiroshima, 19 mai 2023) qui nous exhortent à rejeter l’illusion d’une sécurité fondée sur la destruction mutuelle assurée. Au lieu de cela, nous devons forger une éthique mondiale enracinée dans la justice, la fraternité et le bien commun.
C’est pourquoi je prie pour que cet anniversaire solennel serve d’appel à la communauté internationale pour qu’elle renouvelle son engagement en faveur d’une paix durable pour toute notre famille humaine, « une paix désarmée et désarmante » (Première Bénédiction apostolique « Urbi et orbi », 8 mai 2025).
Sur tous ceux qui célèbrent cet anniversaire, j’invoque volontiers d’abondantes bénédictions divines.
Du Vatican, le 14 juillet 2025
LÉON PP. XIV








