Photo : © Vatican Media; le sanctuaire marial de la Mentorella; le 19 août 2025
Anita Bourdin
Le pape Léon XIV a mis ses pas dans ceux de Jean-Paul II en se rendant en pèlerinage à une heure de Rome au sanctuaire marial de la Mentorella, à plus de mille mètres, dans le massif des Abruzzes, ce mardi 19 août 2025: on y accède par une route montagneuse, hérissée de rochers escarpés, et il n’est pas inhabituel de devoir ralentir pour laisser passer des bufflonnes au pas de sénateur, des chevaux paisibles ou un renard.
« Ce matin, indique le Vatican en italien, le Saint-Père Léon XIV a effectué une visite privée au sanctuaire de Notre-Dame des Grâces à la Mentorella, dans le hameau de Guadagnolo di Capranica-Prenestina, dans le diocèse de Palestrina. »
Le communiqué ajoute: « Après avoir prié et visité le sanctuaire, le Saint-Père a séjourné chez les religieux résurrectionnistes polonais, qui animent le sanctuaire, puis il est retourné à Castel Gandolfo. »
Le pape devrait rentrer au Vatican ensuite, ce mardi soir, après ce second séjour, de six jours, dans la résidence pontificale d’été.
Sur les pas de son prédécesseur, le pape Benoît XVI s’était également rendu à la Mentorella, le 29 octobre 2005, et il y avait présidé la messe. Il a offert une rose d’argent à la statue réputée miraculeuse de la Vierge Marie à l’Enfant.
Saint Jean-Paul II aimait se rendre à la Mentorella, premier sanctuaire où il se soit rendu après son élection… Et dernier sanctuaire avant son élection! Il était accueilli par ses compatriotes, parfois autour d’un bon plat de pâtes apporté par une paroissienne venue à pied du village voisin en priant le chapelet. Un sentier montagneux y porte son nom, le « Sentier Karol Wojtyla ».
Le 29 octobre 1978, la présence du pape polonais avait attiré au sanctuaire environ 20 000 personnes, surtout des jeunes et des scouts. Il confiait: « À l’occasion de mes séjours à Rome, j’ai souvent visité le sanctuaire de la Madonna della Mentorella… Nous lisons dans l’Évangile de saint Luc que Marie, après l’Annonciation, est allée dans les montagnes pour rendre visite à sa parente Élisabeth. Lorsqu’elle est arrivée à Aïn-Karim, elle a mis toute son âme dans les paroles du cantique, que l’Église rappelle chaque jour aux vêpres : « Mon âme exalte le Seigneur ». Je voulais venir ici, au milieu de ces montagnes, pour chanter le « Magnificat » sur les traces de Marie. Cet endroit m’a beaucoup aidé à prier. Et c’est pourquoi j’ai aussi voulu venir ici aujourd’hui. La prière, qui exprime de diverses manières la relation de l’homme avec le Dieu vivant, est aussi la première tâche et presque la première « annonce » du pape. »
À l’origine, rapporte le site de l’Église catholique italienne pour le tourisme et les pèlerinages (https://turismo.chiesacattolica.it/), la Mentorella aurait été le lieu d’une apparition du Christ, vers l’an 100, au tribun romain Placide, à l’époque de l’empereur Trajan. Placide devenu chrétien prit le nom d’Eustache et il mourut martyr. La première église lui fut dédiée, au IVe siècle, et elle fut consacrée par le pape Sylvestre. Et c’est là aussi que la tradition situe la conversion de saint Benoît de Nursie: on vient encore prier dans la grotte qu’il a lui-même habitée pendant deux ans.
C’est saint Grégoire le Grand qui confia le sanctuaire aux bénédictins. Ils construisirent le couvent et ils firent agrandir l’église qu’ils dédièrent à la « Mère des grâces » ».
En effet, selon la tradition, au VIe s. également, la Vierge Marie y est apparue à des paysans de Pisoniano. La dévotion mariale s’est répandue au Moyen Âge avec les pèlerinages pénitentiels et elle s’est à nouveau épanouie au XVIIe siècle grâce au privilège de l’indulgence plénière accordé par le pape Alexandre VII. Le sanctuaire renaquit notamment grâce à un jésuite, Atanasio Kircher.
Enfin, en 1857, le pape Pie IX l’a confié aux Résurrectionnistes dont l’apostolat soutenait les nombreux réfugiés polonais exilés après l’échec de l’insurrection de 1830-1831 contre la Russie.
À la Mentorella on fête la « Mère des grâces » le dernier dimanche d’août. Mais on fête aussi les saints qui ont marqué la vie du sanctuaire: saint Eustache, le 20 septembre, saint Benoît, le 11 juillet, et saint Jean-Paul II, le 22 octobre.








