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Réflexions dominicales : le saint Curé d’Ars, «tout donner et ne rien garder », par Mgr Follo

Photo : © capture-vaticaninfo.com; CR1

Ancien observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO (2002-2021), journaliste, professeur de philosophie et d’anthropologie culturelle, Mgr Francesco Follo réfléchit sur les textes bibliques du dimanche 3 août 2025, dans son blog Riflessioni domenicali.

Mgr Follo cite les paroles de Jean-Marie Vianney, dit le saint Curé d’Ars (1786-1859), un célèbre prêtre français canonisé par l’Église en 1925 qui était le curé de la paroisse d’Ars pendant 41 ans. Sa mémoire liturgique est célébrée ce lundi 4 août. « Riche du Bien, il donnait les biens qu’il avait aux autres, écrit Mgr Follo. Pauvre pour lui-même, il vécut dans un détachement total des biens de ce monde et son cœur vraiment libre était largement ouvert à toutes les misères matérielles et spirituelles qui affluaient vers lui. ‘Mon secret, disait-il, est très simple : Tout donner et ne rien garder.’ »

Le saint Curé d’Ars « recommandait de ne jamais manquer d’égard envers les pauvres, parce que ce manque retombait sur Dieu ; et quand les miséreux frappaient à sa porte, il était heureux de pouvoir leur dire, en les accueillant avec bonté : ‘Je suis pauvre comme vous, aujourd’hui, je suis un des vôtres !’. À la fin de sa vie, il aimait répéter : ‘Je suis très content : je n’ai plus rien et le Bon Dieu peut m’appeler quand il voudra.’ »

Voici les réflexions de Mgr Follo :

Grandir dans le Bien à aimer pour faire le bien

Comme les perles sont maintenues entre elles par un fil, ainsi le sont les vertus par la charité (Saint Padre Pio de Pietrelcina), qui nous enrichit de Dieu.

Rite romain- XVIII dimanche du Temps ordinaire – Année C – Qo 1,2 ; 2,21-23 ; Ps 94 ; Col 3,1-5. 9-11 ; Lc 12,13-21

La vraie richesse : Le Christ, le véritable bien.

Accumuler le Bien et non les biens

Dans la première lecture de la liturgie romaine, le Qohélet distingue, en particulier, trois formes de vanité : la stérilité de l’effort de l’homme, la fragilité des objectifs atteints, les nombreuses anomalies et injustices dont la vie est pleine. Dans le passage de l’Évangile, Jésus parle du riche qui est sûr et content de sa richesse et à qui on dit : « Insensé, cette nuit-là, tu vas mourir » (cf. Lc 12,20). Ce spéculateur n’était donc pas si intelligent : il n’avait pas bien « investi ». Le Rédempteur ne se limite pas à constater la vanité, l’inconsistance et la précarité des biens matériels. Je ne crois pas que le Messie ait simplement l’intention de désenchanter l’homme, en le libérant de la fascination de la possession. Le Christ indique, plus profondément, la véritable voie de la libération : « Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu. » (id. 12,21). C’est donc le « pour lui-même » qui est mauvais et qui doit être substitué par une autre orientation (« en vue de Dieu »).

Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Je crois que l’explication se trouve dans les versets suivants, que malheureusement la liturgie ne rapporte pas. On peut voir trois enseignements dans ces versets. S’enrichir en vue de Dieu signifie, par exemple, ne pas tomber dans la tentation du souci, de l’anxiété, comme si tout dépendait de nous. S’enrichir en vue de Dieu signifie tout subordonner – le travail, les biens, la vie même – au Royaume de Dieu. S’enrichir en vue de Dieu signifie enfin « faire l’aumône ». Le « en vue de Dieu » se concrétise dans le « pour les autres » (v.33). S’enrichir « pour soi-même » rend prisonnier de la vanité. Au contraire, la richesse donnée, la fraternité, l’amour sont des valeurs qui ne diminuent pas.

Parmi tous les saints dont l’Église est riche, j’en cite deux : 

Le premier est saint Jean-Marie Vianney, connu aussi comme le saint Curé d’Ars.

Je le cite parce que demain c’est la mémoire liturgique de cet humble et pauvre curé de campagne. À son époque, Ars était un petit village de 200 habitants. C’était un véritable fils de Saint François d’Assise, dont il fut le disciple dans le tiers-ordre franciscain. Riche du Bien, il donnait les biens qu’il avait aux autres. Pauvre pour lui-même, il vécut dans un détachement total des biens de ce monde et son cœur vraiment libre était largement ouvert à toutes les misères matérielles et spirituelles qui affluaient vers lui. « Mon secret, disait-il, est très simple : Tout donner et ne rien garder ». Désintéressé, il était d’autant plus prévenant envers les pauvres, surtout ceux de sa paroisse, auxquels il manifestait une extrême délicatesse, les traitant « avec une véritable tendresse, avec beaucoup d’égards, il faudrait dire avec respect ». Il recommandait de ne jamais manquer d’égard envers les pauvres, parce que ce manque retombait sur Dieu ; et quand les miséreux frappaient à sa porte, il était heureux de pouvoir leur dire, en les accueillant avec bonté : « Je suis pauvre comme vous, aujourd’hui, je suis un des vôtres ! ». À la fin de sa vie, il aimait répéter : « Je suis très content : je n’ai plus rien et le Bon Dieu peut m’appeler quand il voudra ». Pour lui, les pauvres étaient aussi les pauvres pécheurs, qui venaient à lui de toute la France et il leur donnait l’aumône du pardon de Dieu et de la paix du cœur.

Le second est saint Hommebon Tucenghi, patron de mon diocèse de Crémone. Tout en m’excusant pour cette veine d’esprit de clocher, il me tient à cœur de dire que c’est un saint pertinent pour notre thème de ce jour, parce que l’Église lui a donné dès le début le titre de « Père des pauvres », « consolateur des affligés », « homme de paix et pacificateur », « homme bon de nom et de fait ». On pourrait m’objecter que c’est un saint médiéval, éloigné dans le temps. Mais je le propose parce qu’il est vraiment significatif. Ce saint crémonais est le premier et unique fidèle laïc, commerçant, marié, qui ait été canonisé au Moyen-âge. Vers la fin du XIIe siècle, il n’était pas facile à un laïc marié et immergé dans les affaires terrestres, n’appartenant pas à une famille royale ou noble, d’être proclamé saint et cela s’est passé moins de deux ans après sa mort survenue le 13 novembre 1197.

Mais Saint Hommebon (= Homme bon) Tucenghi avait vraiment fait honneur à son nom. Homme intelligent, il s’était montré particulièrement habile en affaires, en acquérant richesses et prestige à une période où le commerce des tissus était à Crémone l’une des principales activités qui en firent une ville riche. À l’époque des Communes, où l’argent et le marché avaient tendance (comme aujourd’hui) à constituer le centre de la vie citadine, Hommebon allia justice et charité et fit de l’aumône le signe du partage. C’est de la contemplation assidue du Crucifix qu’il apprit à témoigner, avec spontanéité, de la valeur de la vie comme un don.

Sa sainteté découlait de son regard sur le Christ, qui lui fit comprendre que l’argent qu’il gagnait ne lui appartenait pas, mais qu’il revenait de droit aux pauvres, en particulier aux enfants indigents de la ville.

Il transforma son logement en « maison d’accueil » et se consacra à la sépulture des défunts abandonnés. Sa générosité était si proverbiale qu’à Crémone, lorsqu’une demande est considérée comme trop excessive, on a l’habitude de dire : « C’est que je n’ai pas la bourse de saint Hommebon », parce que, selon la tradition, la bourse de ce saint marchand ne se vidait jamais et lui-même ne se lassait pas de faire l’aumône.

Il est mort saintement à l’église, au chant du Gloria in excelsis Deo, alors qu’il assistait à la célébration de la messe, comme chaque jour.

La Transfiguration

Une brève allusion à cette belle fête de la Transfiguration qui, comme chaque année, est célébrée le 6 août, dans quelques jours.

La Transfiguration du Christ est connue. Sur le visage transfiguré de Jésus, qui était monté sur le Thabor avec Pierre et Jacques, brilla un rayon de la lumière divine qu’il conservait dans son cœur. Cette même lumière éclatera sur le visage du Christ le jour de la résurrection. En ce sens, la Transfiguration apparaît comme une anticipation du mystère pascal. La Transfiguration nous invite à ouvrir les yeux de notre cœur sur le mystère de la lumière de Dieu présente dans toute l’histoire du salut. Il ne nous reste qu’à contempler le Seigneur comme il est, avec les yeux de la foi, comme nous y invite l’encyclique Lumen fidei du pape François. Pauvres yeux de la foi qui regardent le Christ pauvre en Croix pour regarder comme lui le Père et le monde (cf. Lumen fidei, 56).

Notre transfiguration est un don et un devoir. Sur ce plan, nous avons l’exemple des vierges consacrées qui, par leur vie, sont appelées à être des témoins particuliers de la présence de Dieu, qui est lumière et qui donne la lumière.

Ainsi, celui qui est vierge demeure le témoin d’une présence divine.

Les vierges se sont engagées à vivre la participation au mystère du Christ, dans leur corps comme dans leur esprit. Il en découle que, véritablement, la personne vierge est une apparition constante de la présence divine transfigurante dans le monde. C’est de là que naît la nécessité de l’existence des vierges consacrées. Nous ne pouvons pas, nous, opposer le ciel de demain à la terre d’aujourd’hui ; le monde est un seulement, il n’y a pas deux mondes. Le monde est un seulement, mais pour nous qui ne vivons pas encore notre transfiguration humaine, le monde divin demeure caché, nous y croyons mais il demeure caché. Mais les vierges, d’une certaine manière, le révèlent et, dans leur pauvreté de vie, elles sont « riches » de Dieu : « C’est en toi qu’elles possèdent tout, parce que c’est toi qu’elles préfèrent à tout » (Rituel de la consécration des vierges, n. 24 : à la fin de la prière solennelle de consécration). La pauvreté du Christ a été fondamentale, continue et voulue : « Sur son corps nu en Croix, les signes de son amour étaient très visibles, lisibles pour tous » ((cf. Primo Mazzolari, La Via Crucis del Povero [Le Chemin de croix du pauvre], Rome 1977, p. 143). Et nous pouvons nous enrichir de cet amour si nous nous faisons pauvres et si nous le mendions, comme en témoignent pour nous les vierges consacrées.

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