Photo: santiebeati.it ; Père Ubaldo Marchioni
Anita Bourdin
Le Dicastère pour les causes des saints reconnaît le « martyre » de deux prêtres italiens tués en 1944 par les troupes nazies : ils pourront être bientôt béatifiés.
Le Dicastère reconnaît aussi que quatre baptisés ont vécu les vertus humaines et chrétiennes de façon « héroïque », c’est-à-dire selon l’Évangile : deux Italiens, une Australienne missionnaire en Inde et une Brésilienne, laïque, handicapée. Un miracle, authentifié par les médecins, et vérifié comme dû à leur intercession sera nécessaire pour leur béatification.
Lors d’une audience accordée au préfet du dicastère romain, le cardinal Marcello Semeraro, le 21 novembre 2025, le pape Léon XIV a approuvé les six décrets relatifs à ces causes.
Un assassinat anticatholique nazi
Le père Ubaldo Marchioni (1918-1944), prêtre italien du diocèse de Bologne a été assassiné par les troupes nazies le 29 septembre 1944 à Casaglia/Marzabotto. Il fait partie des « martyrs du Monte Sole » : la population du village aussi a été exécutée, le prêtre ayant échoué dans sa tentative de les sauver.
Le dicastère souligne en effet qu’il a librement accepté « le risque de mort en choisissant de rester proche des fidèles, même s’il avait eu l’opportunité de se sauver lui-même » : « Don Ubaldo ne fut jamais directement impliqué dans les questions politiques liées à la Résistance, bien qu’il ait eu parmi ses paroissiens des partisans qui fréquentaient l’Église. Les soldats nazis des SS étaient notoirement anticatholiques et le fait qu’il ait été détaché du groupe et ramené à l’église pour être tué devant l’autel révèle le mépris pour la religion chrétienne. Bien qu’elle ait eu lieu dans le contexte d’un massacre plus large de civils, ce massacre dramatique a été perpétré de différentes manières et son corps a été particulièrement torturé, démontrant la prévalence de la haine de la foi contre le prêtre. »
Le p. Marchioni se rendait à l’Oratoire des Anges Gardiens de Cerpiano pour célébrer la messe quand il s’arrêta à l’église Santa Maria Assunta de Casaglia pour sauver le Saint-Sacrement du tabernacle mais aussi pour et offrir un refuge à une petite foule effrayée par l’arrivée des soldats nazis. Il invita les hommes à se réfugier dans les bois, ne gardant que les femmes et les enfants dans l’église. Mais les négociations avec les troupes nazies pour les libérer échouèrent et tous les présents furent emmenés au cimetière et tués là-bas. Le prêtre fut d’abord ramené à l’église puis également assassiné par des balles dans la tête.
Les massacres nazis dans la population civile
Un prêtre italien de la Congrégation du Cœur Sacré de Jésus, le p. Martino Capelli (au siècle : Nicola, 1912-1944), a été assassiné par des troupes nazies le 1er octobre 1944 à Pioppe di Salvaro.
Son assassinat a été principalement dû, explique le dicastère, « au mépris des troupes nazies pour son ministère, témoignant de la raison répandue de la haine de la foi ».
Son martyre matériel, raconte la même source, en italien, a eu lieu lors de l’une des phases les plus critiques de la guerre en Italie. Les troupes nazi-fascistes ont commis plusieurs massacres pour éliminer toute forme d’opposition dans les territoires considérés comme stratégiques, où les partisans et la population civile auraient pu faciliter l’avancée des troupes anglo-américaines alliées. Déjà en août 1944, animés par les mêmes motivations, les nazis ont commis des crimes violents en Toscane, dans la région de la « ligne gothique » – avec l’assassinat de 560 civils dans la région de Sant’Anna di Stazzema -, ainsi que dans d’autres zones de la vallée du Pô.
Dans la zone où opérait le père Martino, entre le 29 septembre et le 5 octobre 1944, les nazis-fascistes exterminèrent plus de 770 personnes, dont des enfants, des bébés et des personnes âgées. Le prêtre a été capturé par les nazis après s’être précipité sur la zone du massacre de « Creda », pour apporter les sacrements aux survivants. Conscient de son sort, le matin du 1er octobre, il fut conduit avec d’autres au lieu de son exécution, à la Botte di Pioppe di Salvaro.
Conscient des dangers qu’il encourait, le père Martino était prêt à donner sa vie pour son prochain. Alors qu’il aurait pu retourner auprès de ses compagnons, à Bologne, il décida de rester dans les zones d’affrontements entre les résistants et les nazis pour exercer son ministère sacerdotal : il assista les victimes du massacre de Creda et donna sa bénédiction aux morts de mort de Pioppe di Salvaro.
Une laïque, une religieuse, un prêtre et un évêque « héroïques »
Le dicastère reconnaît les « vertus héroïques » de quatre baptisés, une laïque brésilienne, une religieuse australienne, un prêtre et un évêque italiens :
– un évêque italien, réformateur, au lendemain du concile, Mgr Enrico Bartoletti, archevêque de Lucques, né le 7 octobre 1916 à Calenzano et décédé le 5 mars 1976, à Rome, à 59 ans ;
– le p. Gaspare Goggi, prêtre de la Congrégation de la Providence divine, né le 6 janvier 1877 à Pozzolo Formigaro, dans une famille d’agriculteurs et élevé dans la foi chrétienne, il étudia à Gênes, puis à Turin, et il fut ordonné prêtre en 1903, mais, victime d’une forme de « burn out », il mourut le 4 août 1908, à 31 ans, à Alessandria ; son corps fut retrouvé intact lors de deux exhumations en 1925 et en 1960 ; don Luigi Orione disait de lui : « Si vous voulez obtenir des grâces, priez don Goggi. Je ne me suis jamais recommandé à lui sans obtenir ce que j’avais demandé» ;
– Mary du Sacré-Cœur (au siècle : Mary Glowrey), religieuse australienne de la Société de Jésus, Marie, Joseph, née le 23 juin 1887 à Birregurra et décédée en mission, en Inde, à 69 ans, le 5 mai 1957 à Bangalore ;
– Maria de Lourdes Guarda, une laïque brésilienne, née le 22 novembre 1926 à Salto et décédée le 5 mai 1996 à São Paulo, à 69 ans ; elle était restée paralysée de la taille aux pieds après une opération chirurgicale, à l’âge de 21 ans ; elle dut vivre allongée, soutenue par un plâtre ; puis elle fut amputée d’une jambe, l’autre jambe s’atrophiant progressivement ; elle travaillait pour payer son hospitalisation à l’hôpital Matarazzo, tricotant et brodant des commandes ; surtout, elle vécut son invalidité physique dans un esprit de foi, d’espérance et de charité ; elle disait, avec un regard bleu pétillant : « La vie est trop belle ! » ; elle s’engagea dans la Fraternité chrétienne des personnes handicapées (FCD), mouvement international fondé en France qu’elle a contribué à diffuser au Brésil ; en 1980, elle fut élue coordinatrice nationale du FCD et, l’année suivante, elle commença à voyager, gratuitement, grâce à une compagnie aérienne, et elle forma des groupes de fraternités à travers le pays, jusqu’en 1992.








