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Béatification de 50 martyrs « de la liberté religieuse » : un appel aux jeunes de France et d’Europe

Photo : © capture KTO / vaticaninfo.com; Notre-Dame de Paris, le 13 décembre 2025

Anita Bourdin

Les nouveaux bienheureux, martyrs du nazisme, sont des martyrs « de la liberté religieuse », et un exemple pour les jeunes d’aujourd’hui : le cardinal Jean-Claude Hollerich, a lancé un appel aux jeunes de France et d’Europe lors de la béatification, à Notre-Dame de Paris, samedi 13 décembre 2025, à 14h30, de 50 martyrs victimes du nazisme.

Ce sont le père Raymond Cayré (1915-1944), le franciscain Gérard Martin Cendrier (1920-1944), le séminariste Roger Vallée (1920-1944), le laïc Jean Mestre (1924-1944) et 46 compagnons.

Un événement hautement symbolique, en cette année du 80e anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale.

Dans une cathédrale bondée, trop petite pour rassembler le peuple de Dieu, la célébration a été présidée par le cardinal archevêque de Luxembourg, envoyé du pape Léon XIV, en présence de représentants des familles des martyrs, de la Jeunesse ouvrière chrétienne et de l’Action catholique, du scoutisme, des franciscains et des jésuites, d’évêques d’une trentaine de diocèses de France – dont l’archevêque de Paris, Mgr Laurent Ulrich -, et Mgr Celestino Migliore, nonce apostolique à Paris, mais aussi d’Allemagne : Mgr Otto Georgens, de Speyer, et Mgr Rupert zu Stolberg, auxiliaire de Munich, représentant de son archevêque, le cardinal Marx, accompagnés d’autres représentants de l’Eglise d’Allemagne.

Une présence d’Outre-Rhin, que le cardinal a chaleureusement saluée au début de la célébration, en allemand, et dans son homélie, en sortant de son texte pour s’exprimer à nouveau en allemand. Deux intentions de prière ont été lues en allemand et deux chants de communion ont aussi été chantés en allemand dont le « Dieu grand, nous te louons », « Gosser Gott wir Loben Dich ».

Les nazis méprisaient la liberté religieuse, a rappelé le cardinal Hollerich, et même s’ils faisaient attention sur ce point en Allemagne, mais « ils montraient leur vraie identité dans les territoires occupés ».

Il voit donc dans les nouveaux martyrs – jeunes pour la plupart, originaires de France, mais aussi d’Italie ou du Canada – « des martyrs pour la liberté religieuse », ce qui, a-t-il souligné, est « important pour la foi qui n’est jamais privée », mais s’exprime aussi « dans le service concret de nos frères et de nos sœurs ». Il voit dans leur vie de service – partis dans le cadre du Service de travail obligatoire (STO) en Allemagne, afin de soutenir la foi de leurs compatriotes déportés -, et leur mort en fidélité au Christ, un message pour les jeunes d’aujourd’hui en France et en Europe. Le cardinal Emmanuel Suhard (1874-1949) avait lancé la « Mission Saint-Paul », clandestine, auprès des jeunes du STO.

Aux « Jeunes cathos » et aux autres jeunes qui « cherchent un sens à leur vie », l’archevêque de Luxembourg, jésuite, a déclaré : « Votre vie peut être tellement belle », en « suivant le Christ » !

Le cardinal les a encouragés dans leur « adoration de Notre Seigneur » pour les appeler à « devenir des apôtres missionnaires », à l’instar des nouveaux bienheureux.

Une vie belle

« Jeunes de France et de toute l’Europe, qui ne voyez plus de sens à votre vie, à la recherche d’une identité qui vous fasse vivre », a invité l’archevêque « regardez le Christ prince de la paix, de l’amour et non de la haine, apprenez de lui comme vos frères ainés martyrs, béatifiés aujourd’hui, à vous engager pour le bien de vos frères et de vos soeurs, votre vie peut être tellement belle », « en suivant le Christ ».

« Demandons à ceux que nous célébrons aujourd’hui la grâce de vivre notre foi », a insisté le cardinal luxembourgeois.

Puis il a rappelé l’image chère au pape François : la conversion au Christ passe certes par la « tête », mais elle doit « descendre au cœur » puis, concrètement, « aux mains et aux pieds », pour le service et l’annonce de l’Evangile.

La vie de ces 50 jeunes martyrs a été présentée, au début de la célébration, par Mgr Bernard Ardura, religieux prémontré, président du Comité pontifical des sciences historiques.

La lettre apostolique du pape Léon XIV a été lue en latin par le cardinal Hollerich et ensuite en français. Puis elle a été remise aux différents représentants des nouveaux bienheureux. Le pape a fixé leur fête annuelle au 5 mai.

Jean Mestre écrit à sa maman

Dans son homélie, le cardinal Hollerich a cité la lettre de l’un des 33 laïcs proclamés bienheureux, Jean Mestre (1924-1944). Il écrit à sa mère qu’il part en Allemagne, dans le cadre de la réquisition du STO, et que c’est pour servir à la suite du Christ qu’il aime par-dessus tout.

Né le 14 juillet 1924 à Paris. Orphelin de père, il est soutien de famille. Après un certificat d’études primaires, il travaille comme tourneur-fraiseur à l’usine « La Licorne », dans la banlieue Ouest de Paris. En même temps, il adhère à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne de son quartier, « La Goutte d’Or », à Paris. Malgré qu’il soit soutien de famille, il participa à une réunion régionale de militants catholiques afin d’étendre leur action dans la région.

En application du décret nazi du 3/12/43 contre l’action catholique française parmi les Travailleurs français en Allemagne nazie, il fut arrêté début mars 1944 à Brunswick par la Gestapo, accusé de « réunions clandestines de JOC ». Il est sommé d’arrêter.

Il est envoyé au Camp disciplinaire 21 de Waltendstet-Hallendorf. C’est une mesure disciplinaire en application de la circulaire du 3/12/43 (mesure officielle n°5). Un mois plus tard, il est admis à l’hôpital, extrêmement affaibli et atteint d’un début de pleurésie.

Il décède, à 20 ans, le 4 mai 1944 à Waltendstet-Hallendorf des suites d’une bronchite et d’une pleurésie purulente. Son corps est ramené au cimetière de St Ouen en 1949.

Le martyr de Maurice Rondeau, à 33 ans

Alors que les corps de la plupart des nouveaux martyrs ont été ensevelis dans des fosses communes, ou ont été incinérés dans des fours crématoires des camps nazis, la célébration a particulièrement honoré les reliques de l’un d’eux, un prêtre de Meaux, Maurice Rondeau (25 août 1911 et mort le 3 mai 1945), et une croix faire d’immortelles tressées par certains de ces martyrs et devant laquelle ils ont prié.

Maurice Rondeau avait été mobilisé en août 1939 comme sergent au 7e Régiment d’Infanterie. Le 12 mai 1940, il est cité et décoré après le combat de Félicy. Il est fait prisonnier en juin 1940. Il est affecté au Stalag VI-G en Allemagne. Il anima un journal en captivité et soutint le moral des prisonniers sur l’ensemble du Stalag VI. Il est affecté après septembre 1943 à l’établissement Saint-Gobain de Stolberg, il devient « prisonnier transformé » avec d’autres prêtres captifs pour apporter un soutien moral et religieux aux travailleurs civils, notamment ceux du STO.

Il sera finalement déporté à Buchenwald après avoir été arrêté le 7 août 1944 à Aix-la-Chapelle. Il a été accusé d’avoir formé un groupe paramilitaire, il avait en parallèle, largement participé à la mise en place une filière d’évasion.

Les nazis évacuent les détenus du camp par wagons le 8 avril 1945. Maurice Rondeau fait partie des déportés survivants, 600 sur 5000 partis de Buchenwald, libérés le 23 avril par la 2e armée américaine. Il décède le 3 mai 1945 à l’hôpital de Cham de tuberculose pulmonaire.

On pourra regretter qu’une telle béatification, rarissime, de cinquante martyrs, jeunes pour la plupart, en majorité des laïcs, n’ait pas pu faire l’objet d’un immense rassemblement de tous les mouvements des jeunes concernés, alors qu’elle est hautement symbolique, dans une Europe de nouveau touchée par la guerre. Seulement des « happy few » de centaines de personnes auront participé directement à la célébration à Notre-Dame alors que Benoît XVI a mis fin à la tradition – inaugurée par Paul VI – des béatifications à Rome, au contraire, de façon à ce que le peuple de Dieu puisse y participer largement dans les diocèses et les pays concernés. Mais peut-être les mouvements ou les diocèses voudront-ils maintenant relayer l’événement… On ne peut pas reléguer la présence du peuple de Dieu derrière des écrans !

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