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Réflexions dominicales : « la dernière parole est à Dieu qui donne la vie pour toujours », par Mgr Follo

Photo : © capture-vaticaninfo.com; CR1

Ancien observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO (2002-2021), journaliste, professeur de philosophie et d’anthropologie culturelle, Mgr Francesco Follo réfléchit sur les textes bibliques du dimanche 22 mars 2026 dans son blog  Riflessioni domenicali.

Dans son texte, Mgr Follo met accent sur « un point ferme pour les chrétiens » : « Si l’on veut trouver un sens dans la vie et dans l’histoire, écrit-il, il faut savoir voir la gloire de Dieu dans la Croix du Christ. » « La Croix « ouvre » à la résurrection », poursuit-il. « La dernière parole est à Dieu qui est Amour et qui donne la vie pour toujours. »

Mgr Follo écrit : « Quand un amant dit à l’aimée : « Je t’aime », cela signifie : « Ne meurs pas », mais il sait que c’est seulement un désir très fort. Lorsque c’est Dieu qui nous dit « Je t’aime », ce « Ne meurs pas » est un fait, et non un simple souhait. Avec la résurrection du Christ, Dieu qui est Amour, fait entrer l’humanité, qui était esclave du royaume de la mort, dans son Royaume de vie. »

Voici les réflexions de Mgr Follo :

Un ami sauvé par l’Ami qui donne la vie

Ve dimanche de Carême – Année A – rite romain – Ez 37, 12-14; Ps 129; Rm 8,8-11; Jn 11,1-45

L’Amour éternel donne la vie éternelle      

Dimanche dernier, nous avons médité sur le miracle de l’aveugle-né et nous avons vu que Jésus nous ouvre les yeux sur la réalité totale, pour nous faire voir l’homme nouveau, l’homme libre à l’image de Dieu. 

Aujourd’hui, le Christ veut nous ouvrir les yeux sur cette réalité extrême devant laquelle nous fermons tous les yeux : la mort. Notre désir le plus profond est celui de ne pas mourir. Nous avons le désir d’une vie pleine, d’immortalité, mais nous savons qu’il n’est pas possible de nous sauver tous seuls des eaux de la mort. En effet, c’est comme si chacun de nous tire ses cheveux vers le haut au moyen de ses mains pour sortir d’un tourbillon d’eau qui nous entraîne au fond de la mer. Ce geste, aussi absurde soit-il, ne peut nous empêcher de sombrer dans la mer de la vie. Nous nous sauvons uniquement en serrant la main de l’Ami qui, en prenant notre main tendue, nous tire du tourbillon de la mort et nous pose à ses côtés dans l’arche de la vie.

Grâce au Christ, la mort n’est plus la fin triste de notre vie. Notre exode ne se termine pas dans une tombe qui ne fait que glorifier la mort. Le Christ, dont la mort et la résurrection sont anticipées par celles de Lazare, nous révèle que la mort est le passage dramatique pour entrer dans la vie définitive. La mort est la porte que la Croix, telle une clé, ouvre pour nous permettre d’entrer pour toujours dans la vraie vie.

Certes, nous acceptons difficilement la logique de la Croix qui nous montre que celui qui est aimé de Dieu n’est pas abandonné par Lui. Le Christ nous sauve par la Croix et non pas malgré la Croix. Et si avec les yeux de foi nous regardons la Croix, nous comprendrons toujours davantage la logique de ce qui d’instrument de mort devient un instrument de vie.

Ceci est réellement un point ferme pour les chrétiens : si l’on veut trouver un sens dans la vie et dans l’histoire, il faut savoir voir la gloire de Dieu dans la Croix du Christ. Ce n’est pas possible différemment. La Croix « ouvre » à la résurrection, anticipée -dans un certain sens- par celle de Lazare, qui manifeste l’amour puissant de Dieu et démontre que la mort n’a pas son dernier mot. La dernière parole est à Dieu qui est Amour et qui donne la vie pour toujours.

Celui qui accepte cet Amour et qui y correspond, vit déjà de maintenant la vie éternelle. Le Seigneur ne veut pas donner une recette bon marché pour éviter la mort – nous sommes limités et nous existons grâce et à cause de cela. Le Seigneur veut nous donner une autre façon de vivre nos limites, y compris la limite de la mort. La limite n’est pas la négation de moi-même ; la limite est le lieu où je peux entrer en relation avec les autres et avec l’Autre avec le A majuscule, grâce auquel je peux avoir un rapport d’amour et de communion qui ne finit jamais. Quand un amant dit à l’aimée : « Je t’aime », cela signifie : « Ne meurs pas », mais il sait que c’est seulement un désir très fort.

Lorsque c’est Dieu qui nous dit « Je t’aime », ce « Ne meurs pas » est un fait, et non un simple souhait. Avec la résurrection du Christ, Dieu qui est Amour, fait entrer l’humanité, qui était esclave du royaume de la mort, dans son Royaume de vie.

Le « signe » de la résurrection de Lazare

Avec cette introduction, nous comprenons que le récit évangélique d’aujourd’hui nous parle de la résurrection de Lazare non seulement comme d’un miracle exceptionnel mais comme du « signe » de quelque chose d’autre, de celle vie éternelle que nous vivons déjà dès maintenant et que la mort n’interrompe pas. Le Seigneur nous enseigne que la vie éternelle qui est l’amitié avec Dieu, qui nous fait vivre une vie libre de l’hypothèque de la mort, parce que nous vivons maintenant ce rapport avec Lui, avec les frères, une vie qui va déjà au-delà de la mort : c’est un rapport éternel avec un Amour sans fin.

La résurrection de Lazare est le dernier « signe » accompli par Jésus avant d’affronter la passion et vaincre la mort sur la Croix grâce à sa résurrection. Encore plus, nous pouvons dire que c’est le signe par excellence : Jésus n’est pas simple guérisseur mais il est la « résurrection et la vie » pour tous.

Il est donc juste d’affirmer que la résurrection du Christ est le centre de l’Évangile. La mort et la résurrection de Lazare en est la conséquence anticipée qui nous aide à comprendre la mort et la résurrection de Jésus. En parlant de la mort de Lazare, Jésus dit : « C’est un sommeil ». La différence entre le sommeil et la mort est que la mort est la fin de tout et que le sommeil est le prélude du début du nouveau jour. Nous pourrions dire que la mort du Christ n’est pas une mort, elle est le prélude pour retourner auprès du Père et pour donner la vie aux frères, comme toute la vie.

La comparaison entre Lazare et Jésus est évidente dans le passage évangélique d’aujourd’hui. L’histoire de Lazare (c’est-à-dire : nous) s’entremêle avec celle du Christ, parce que Lazare (donc nous) est abandonné à la mort et que Jésus est abandonné à la Croix, et aussi parce que la résurrection de Lazare Lui coûte la vie. Les chefs du peuple décident de le tuer parce qu’il a ressuscité Lazare. Donc vie pour vie : c’est une résurrection à un prix élevé pour Lui.

Le Rédempteur qui a dit qu’il n’y a pas plus grand amour que celui de donner la vie pour les amis (cf. Jn 15,13), décide d’aller chez son ami.

Jésus qui aime réellement Lazare, le laisse toutefois mourir. Pourquoi ? Chacun de nous comprend qu’il s’agit du mystère de nos existences, nous sommes créatures humaines : une promesse de vie démentie, une promesse de Dieu qui se contredit. Un mystère inquiétant, même si l’Évangile nous raconte que Jésus a pleuré devant la mort de son ami, comme s’Il s’est senti perdu face à l’imminence de Sa mort sur la Croix. La mort, comme la Croix, continue à rester quelque chose d’incompréhensible : nous sommes confrontés à un Dieu qui nous dit nous aimer et qui pourtant semble nous abandonner.

Le mystère de l’existence de l’homme, aimé par Dieu et toutefois abandonné à la mort, se reflète et s’agrandit dans le mystère de la Croix de Jésus. Mais il se résout, si nous regardons la Croix avec des yeux vrais, de foi, parce qu’il y a voir et voir. Nous pouvons regarder le Christ sur la Croix de deux façons : 

 – le regard incrédule de ceux qui s’arrêtent au scandale et voient dans la mort de l’homme, comme dans la Croix du Christ, le signe de l’échec. Et il y a :

– le regard de foi, qui dépasse le scandale, et voit que la résurrection resplendit dans La Croix de Jésus et dans la mort de chaque homme.

Et cela est vraiment un point important pour les chrétiens : si l’on veut trouver un sens dans la vie et dans l’histoire, il faut voir la gloire de Dieu dans la Croix du Christ. Ce n’est pas possible différemment. Et avec cette précision je rappelle le mystère de l’existence de l’homme – qui dans le mystère de la Croix du Christ se reflète, s’agrandit et se résout- nous pouvons conclure notre réflexion. Jean a su transformer l’épisode de Lazare en un discours hautement théologique et, donc, existentiel, adressé à chaque femme et à chaque homme qui a le courage de se poser la question du sens de sa vie.

Jésus résurrection pour notre vie, maintenant et pour l’éternité

Les thèmes abordés au cours des dimanches précédents convergent en synthèse heureuse dans la Liturgie d’aujourd’hui : Jésus, source de l’eau vive (3e dimanche de Carême avec l’Évangile de la samaritaine) et source de la lumière (4e dimanche de Carême avec l’Évangile de l’aveugle-né), est celui qui donne la vie à qui croit en lui (Évangile d’aujourd’hui).

Le thème central de l’Évangile de Lazare est celui de la vie. Le « signe de la vie » est l’aboutissement final du chemin du baptême. Le chrétien, consacré par le baptême, vit la même vie de Jésus. Il en suit le destin de mort et de résurrection. Il en partage la signification et garde dans le cœur l’espérance de pouvoir rester avec son Seigneur pour toujours. Cette vie, commencée avec la consécration du baptême, est éternelle et ne meurt plus.

Comment vivre aujourd’hui l’expérience de Lazare ?

Avant tout en se laissant approcher par le Christ qui dit encore aujourd’hui : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais moi je vais le réveiller ». Jésus fait une révélation surprenante et utilise l’image du sommeil pour parler de la mort ; les disciples au contraire pensent au sommeil comme au début d’une guérison qui éloigne la mort. 

Pour Jésus, ce « retour à la vie » est uniquement un signe de l’autre vie, la vie divine, qui est donnée aux croyants. Les disciples ne l’imaginent pas et pensent encore au « retour » à une vie dont la fin est seulement rapportée.

En second lieu, nous accueillons avec une foi renouvelée la révélation de la résurrection : « Jésus dit à Marie : Ton frère ressuscitera (…). Moi, je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, même s’il est mort, vivra ». Avant de faire ce signe, Jésus l’explique et met son message sur le plan différent ; Jésus est en train de révéler le sens de sa mission. La vie que Jésus donne, n’est pas un retour à la vie précédente, mais le don de la vie éternelle : celle qui ne meurt pas, parce qu’il est Lui la Vie.

Enfin, prions avec le Christ qui leva les yeux et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as écouté. Je savais que tu m’écoutes toujours, mais je l’ai dit pour les personnes qui m’entourent pour qu’elles croient que toi tu m’as envoyé ». Jésus remercie le Père non pas pour la résurrection de Lazare mais pour la sienne. Avec les mêmes sentiments du Christ, marchons avec Lui qui nous prend par la main pour nous conduire, pendant ces jours saints, sur la croix et nous offrir la résurrection.

Jésus s’offre à Dieu à notre place. La mort mord le Fils en s’illusionnant d’avoir gagné contre Dieu. Mais « Dieu a préparé pour elle une nourriture empoisonnée : la mort s’en nourrit mais mange sa fin » (Chrétien Anonyme).

Virginité et résurrection

Je termine ces réflexions sur la résurrection, avec des pensées relatives au témoignage prophétique des vierges consacrées dont la vocation a toujours une dimension eschatologique. « La vie de ces personnes est un transfert de la vie des anges sur la terre, et est une préannonce de la vie après la résurrection …  À bonne raison, la virginité est appelée vertu angélique. Saint Cyprien affirme, en écrivant aux vierges : « Ce que nous serons un jour, vous commencez déjà à l’être. Vous jouissez de la gloire de la résurrection, passez à travers le monde sans en être contaminées. Tant que vous persévérez chastes et vierges, vous serez comme les anges de Dieu » (De habitu virginum, 22, PL 4, 462). À l’âme assoiffée de pureté et du désir du royaume des cieux, la virginité est présentée « comme une pierre précieuse », pour laquelle un tel « vendit tout ce qu’il avait et l’acheta » (Mt 13, 46).  Ceux qui sont mariés et ceux qui sont dans la boue des vices, lorsqu’ils voient les vierges, admirent la splendeur de la blancheur de leur pureté  » (Pie XII, Sacra Virginitas – Virginité consacrée).

Mais déjà, les Pères de l’Église insistaient et affirmaient qu’il y a l’image de Dieu incorruptible et le visage du Christ, Verbe Incarné, dans la virginité consacrée. Par exemple, saint Ambroise de Milan affirme que la virginité consacrée est le « sacerdoce de la chasteté », « où il n’est pas difficile de percevoir une sensibilité particulière de l’esprit humain qui semble anticiper ce que l’homme recevra dans la résurrection future (Saint Jean-Paul II, Audience générale du 10 mars 1982).

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