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Ancien observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO (2002-2021), journaliste, professeur de philosophie et d’anthropologie culturelle, Mgr Francesco Follo réfléchit sur les textes bibliques du dimanche 1er mars 2026 dans son blog Riflessioni domenicali.
Mgr Follo explique qu’« aujourd’hui l’Église, en célébrant le mystère de la Transfiguration du Seigneur, nous montre le but de notre chemin de pénitence ».
L’évêque regrette que « dans l’histoire du christianisme occidental, on pense plus souvent au Salut en termes de libération que de transfiguration ». « En réalité, dit-il, la libération portée par Jésus se réalise vraiment seulement dans la transfiguration. »
Et il poursuit : « Jésus laisse l’être humain à ses faiblesses, ses souffrances, sa solitude et à sa mort, mais il transfigure tout cela en le prenant sur lui-même. Et en faisant de la condition humaine la plus pauvre le symbole même de la proximité de Dieu avec le monde. »
Mgr Follo rappelle que « la parole de Dieu d’aujourd’hui nous amène dans une nouvelle dimension de notre participation au mystère du Christ : le fait de revivre le mystère du Christ nous amène à renier nous-mêmes, notre égoïsme, mais aussi à être transfigurés dans le Christ et comme le Christ ».
Voici les réflexions de Mgr Follo :
Transfiguration: un événement de prière
2e dimanche de Carême -rite romain- Gen 12,1-4a ; Ps 32 ; 2 Th 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9
La transfiguration du Christ
Dimanche dernier, la liturgie du Carême nous a fait revivre le mystère des 3 tentations du Christ dans le désert et de sa victoire.
En ce 2e dimanche de Carême, nous sommes invités à comprendre que revivre le mystère de la vie du Christ par la conversion est essentiel. Le chemin de la conversion passe par l’écoute de la Parole de Dieu. « Il existe donc un lien entre le don de la Parole de Dieu, l’espace d’hospitalité que nous lui offrons et la transformation qu’il opère. C’est pourquoi le chemin du Carême devient une occasion propice pour écouter la voix du Seigneur et renouveler notre décision de suivre le Christ, en marchant avec lui sur le chemin qui monte vers Jérusalem, où s’accomplit le mystère de sa passion, de sa mort et de sa résurrection » (Pape Léon XIV, Message pour le Carême 2026). Donc en nous unissant au Rédempteur, Parole de Dieu et nouveau Moïse, nous pouvons faire un exode de libération. C’est une sorte de « voyage-retour » de l’exil en Égypte à la Terre Sainte. Un « voyage-retour », plus spirituel que physique qui va de l’exil du mensonge et du mal, causé par le péché, à la vérité et à la bonté de la Maison du Père, prodigue en miséricorde.
Dans l’épisode de la Transfiguration, Jésus est présenté comme le nouveau Moïse qui rencontre Dieu « sur une haute montagne (Mt 17,1) avec le visage qui « resplendit comme le soleil » (Mt 17, 2) dans une « nuée lumineuse » (Mt 17, 5).
Même Moïse rencontre Dieu dans une nuée sur le Mont Sinaï (v. Ex 24, 15-18), le visage rayonnant (v. Ex 34, 29-35).
Moïse était l’instrument et le collaborateur de Dieu dans la libération du peuple juif. Jésus-Christ ne se limite pas à libérer mais en plus il transfigure le peuple des repentis, des rachetés. L’Évangile de ce dimanche «nous montre une fois de plus l’autre Sinaï, une montagne bien plus précieuse que le Sinaï, grâce aux merveilles et aux événements qui s’y sont déroulés : là, l’apparition de la Divinité transcende les visions qui, si divines fussent-elles, restaient exprimées par des images obscures. Ainsi, tout comme sur le Sinaï furent esquissées les images révélant l’avenir, de même sur le Thabor resplendit la vérité. Là règnent les ténèbres, ici le soleil ; là les ténèbres, ici un nuage lumineux. D’un côté le Décalogue, de l’autre le Verbe, éternel au-dessus de toutes les paroles… Le mont Sinaï n’ouvrit pas la Terre promise à Moïse, mais le Thabor le conduisit au pays qui constitue la Promesse » (Anastase du Sinaï, Homelia De Transfiguratione)
Dans l’histoire du christianisme occidental, on pense plus souvent au Salut en termes de libération que de transfiguration. En réalité, la libération portée par Jésus se réalise vraiment seulement dans la transfiguration.
Jésus laisse l’être humain à ses faiblesses, ses souffrances, sa solitude et à sa mort, mais il transfigure tout cela en le prenant sur lui-même. Et en faisant de la condition humaine la plus pauvre le symbole même de la proximité de Dieu avec le monde.
Sur le Mont Tabor Jésus se transfigure : les vêtements blancs et le visage rayonnant du Fils de Dieu nous indiquent que Jésus, même s’il marche vers la Croix, est en réalité le Seigneur, le Ressuscité.
La « Via Crucis » que Jésus parcourt cache derrière elle un sens de Pâques car il s’agit en réalité d’une « Via Lucis ».
La Transfiguration que nous célébrons aujourd’hui c’est une avance généreuse mais fugace : il reste encore à parcourir le chemin de la Croix.
À cette occasion en effet les apôtres Pierre, Jacques et Jean sont appelés à voir à l’avance la gloire de Dieu, ce qui leur permettra de tenir devant le drame de la faiblesse du Christ emprisonné dans le Gethsémani et crucifié sur le Mont du Calvaire.
La gloire du Fils Unique de Dieu, l’Aimé du Père, avait été comme voilée, cachée dans le mystère de son incarnation. Le Christ n’a pas considéré sa condition d’égalité avec le Père comme un trésor à entretenir, mais il s’est lui-même humilié (v. Phil 2). Dans la Transfiguration, cette gloire investit avec toute sa vigueur l’humble humanité du Christ et la comble de la splendeur de sa divinité. En dévoilant son visage rayonnant comme le soleil, plein de grâce et de vérité, aux trois disciples « privilégiés », Jésus les prépare au drame de la mort qui anticipe la résurrection.
Le fait de la Transfiguration, qui dévoile l’identité de Jésus et le résultat final et positif de son chemin, n’est pas seulement le moyen pour faire face à la passion et à la mort du Salvateur. Ce fait révèle aussi l’identité du disciple et le chemin que doit parcourir celui qui veut suivre le Christ. Même le chemin du disciple vise la croix et la résurrection.
La parole de Dieu d’aujourd’hui nous amène dans une nouvelle dimension de notre participation au mystère du Christ : le fait de revivre le mystère du Christ nous amène à renier nous-mêmes, notre égoïsme, mais aussi à être transfigurés dans le Christ et comme le Christ.
En ce dimanche, deuxième étape du chemin de pénitence, l’Évangile nous révèle le mystère de la transfiguration du Christ ainsi que de notre propre transfiguration. En effet, la Transfiguration est un événement qui nous concerne tous : non seulement parce que nous devons assister à la Gloire du Fils de Dieu ressuscité de la mort mais aussi parce que nous sommes « un seul » avec le Christ. Et sa gloire nous investit tous, en transformant notre corps, notre âme et surtout notre esprit.
À raison, la théologie orthodoxe enseigne qu’avec la Transfiguration rien ne change dans le Christ. Ce qui change est le regard des apôtres qui voient enfin celui que le Christ a toujours été : le Fils de Dieu.
Aujourd’hui l’Église, en célébrant le mystère de la Transfiguration du Seigneur, nous montre le but de notre chemin de pénitence. Par la Transfiguration en effet « on trouve un fondement à l’espoir de la Sainte Église, pour faire en sorte que le corps du Christ entier puisse connaître la transformation qu’il lui serait donnée, et les membres puissent être sûrs de participer de la même beauté qui avait brillé dans le visage » (S. Léon le Grand, Sermon, 38,3.4).
La Transfiguration de nous tous : nous participons à la beauté du Christ
Cela soulève une question : « Comment pouvons-nous nous transfigurer comme le Christ et faire rayonner en nous sa beauté ? ». La réponse nous est donnée par Saint Paul dans la deuxième lecture de ce dimanche. L’apôtre des Nations nous apprend que notre transfiguration dans le Christ est possible « en vertu du pouvoir qu’il a d’assujettir toutes les choses ». Le Christ exerce sur chacun d’entre nous le pouvoir qu’il possède de nous faire à sa forme en nous renvoyant le Saint-Esprit. Celui-ci est la force intime qui, habitant en nous, nous transfigure dans le Christ. Nous invoquons le Saint-Esprit pour qu’il remplisse nos cœurs et éloigne de nous tout ce qui nous empêche d’être pleinement transfigurés dans le Christ.
Il ne faut pas oublier que notre correspondance, c’est-à-dire le consentement de notre liberté à l’acte transfigurant, est nécessaire. Comme le disait déjà Saint Augustin : « Celui qui t’a créé sans toi, ne te sauvera pas sans toi ».
Il ne faut pas oublier non plus de contempler le « grand sacrement », c’est-à-dire celui de Jésus Christ notre Seigneur qui se transfigure, alors qu’il est défiguré pendant la passion. Jésus Christ est le « grand sacrement » pas seulement car il donne le salut, mais parce que, premièrement, il est la splendeur du Père dans notre humanité.
Ensuite nous contemplons la beauté rayonnante du Christ avec un regard spirituel, en analysant ce verset de Saint Jean de la Croix : « allons-nous voir en ta beauté ». C’est ainsi que ce saint explique son verset : « Si vous me changez en votre beauté, je vous verrai en votre beauté, et vous me verrez aussi en votre beauté; vous vous verrez vous-mêmes en moi dans votre beauté, et je me verrai moi-même en vous dans votre beauté : de cette sorte il semblera que dans votre beauté je serai vous-même, et que vous serez moi-même; il semblera que votre beauté sera la mienne, et que la mienne sera la vôtre ; et que dans votre beauté je serai une même chose avec vous, et que vous serez une même chose avec moi » (Jean de la Croix, Cantique Spirituel, 35/3).
Transfigurées par l’amour
Jésus est « le plus beau fils de l’homme » (Ps 44,3), mais il est aussi, mystérieusement, celui qui « n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards » (Ex 53,2).
Pourquoi est-il raisonnable de regarder le Christ crucifié ? Car la Croix nous montre que la vraie beauté est l’amour de Dieu qui « sait transfigurer même le mystère obscur de la mort dans la lumière irradiante de la résurrection » (pape émérite Benoît XVI). Pour accéder à la vie éternelle, il faut donc écouter Jésus et le suivre sur le chemin de la croix.
L’écouter comme l’écouta la Vierge Marie, qui a offert sa chair à la Parole de Dieu.
Suivant l’exemple de la Mère du Rédempteur, les vierges consacrées dans le monde disent oui à Dieu en offrant leur corps comme un temple pur, comme abris pour l’Époux Jésus, et « sa (du Christ) pleine adhésion à la volonté du Père rend son humanité transparente à la gloire de Dieu, qui est Amour que tout transfigure » (Pape François). Le rituel de consécration des vierges ajoute aussi à travers la prière de l’évêque n°11 : « Dieu qui a inspiré à nos sœurs le désir de garder la virginité, daigne achever en elles ton œuvre (de Transfiguration). Pour que leur offrande soit parfaite, donne-leur de rester fidèles jusqu’au bout. » Ces vierges nous servent d’exemple dans l’écoute de la Parole de Dieu, gardée dans la Bible. La vie de ces femmes est aussi un témoignage de comment on peut écouter Dieu dans les faits de la vie et essayer de lire en ceux-là le dessin de la Providence. Elles démontrent que leur amour virginal au Christ ne les éloigne pas du monde, mais les encourage à L’écouter parmi les frères et les sœurs en humanité, en particulier parmi les enfants et les pauvres que Jésus demande aux chrétiens d’aimer concrètement.
En conclusion, ces vierges nous montrent qu’écouter le Christ et suivre sa voix d’Époux est la voie royale, la seule, qui conduit à la plénitude de l’amour. Amour qui transfigure et rend heureux pour toujours.








