Photo : diocesedebafia.org; Mgr Emmanuel Dassi
« La visite de Léon XIV s’inscrit à mes yeux dans le cadre » de l’ « œuvre pacificatrice de l’Église », a déclaré Mgr Emmanuel Dassi, évêque de Bafia au centre du Cameroun, le pays où le pape est arrivé ce mercredi 15 avril 2026 pour une visite de trois jours.
Dans une interview accordée à l’Aide à l’Église en détresse, Mgr Dassi souligne que « ce pape est un signe de paix, parce qu’il se rendra jeudi 16 avril dans une ville qui est l’épicentre de la crise indépendantiste des régions anglophones, la ville de Bamenda ». « L’avion du pape atterrira même sur l’aéroport de la ville, qui n’était plus en usage depuis des années à cause du conflit », ajoute-t-il avant d’expliquer que « des routes » qui dans cette région du Cameroun « ne pouvaient plus être utilisées à cause des groupes armés locaux ont été rouvertes ». « Les entreprises refusaient de les entretenir, car on leur brûlait leurs machines ! Ces derniers mois, elles sont revenues pour que la ville redevienne accessible ». L’aéroport sera ouvert aussi pour accueillir l’avion papal : « Cela démontre que les chefs locaux ont accepté une trêve, qu’ils ont discuté avec le gouvernement. Peut-être que ce sont les prémices vers un chemin de paix ? » se demande l’évêque.
Présentant dans son entretien avec l’AED l’Église catholique du Cameroun, Mgr Dassi affirme que « c’est une Église vivante et dynamique ». « Nous célébrons beaucoup de baptêmes, en particulier, explique-t-il. Il y a aussi des vocations sacerdotales en nombre. Dans mon diocèse, j’ai 77 prêtres et 30 séminaristes, donc je ne suis pas trop inquiet pour la relève. Et, toujours dans mon diocèse, j’ai reçu des demandes pour ouvrir dix nouvelles paroisses à court terme. Cela montre la croissance de notre Église, même si je ne sais pas si nous aurons les moyens de répondre favorablement à toutes ces demandes. »
Outre les difficultés financières auxquelles fait face l’Église au Cameroun, il y en a d’autres : « Nous rencontrons des difficultés à être présents partout où nous le devrions, explique l’évêque, en particulier dans les campagnes. Certains paroissiens font des kilomètres à moto pour accéder à la messe dominicale ! »
Le rôle social joué par l’Église est aussi important : « Sur la question de la famille, en particulier, nos jeunes gens rencontrent des difficultés à s’engager en se mariant, à l’Église ou de façon coutumière, raconte Mgr Dassi. Beaucoup d’entre eux choisissent de vivre en couple sans engagement définitif. Ils le font en raison de l’influence de la société moderne, mais aussi de la coutume de la dot. Chez nous, le fiancé doit apporter une dot à la famille de la mariée, afin que la main de celle-ci lui soit accordée. Alors, nous rappelons l’importance du sacrement de mariage, qui doit passer au-dessus de ces considérations. »
Le clergé camerounais joue aussi un rôle d’entremetteur dans le cadre du conflit en zone anglophone : « Nous sommes les seuls acteurs locaux qui bénéficient d’une certaine crédibilité dans les deux camps en présence, affirme l’évêque. Depuis les violences qui ont éclaté en 2017 entre séparatistes et forces de sécurité, nous n’avons jamais craint de critiquer les manquements du gouvernement et nous sommes toujours présents dans les zones litigieuses. Le clergé en paie le prix ! Prêtres et évêques sont fréquemment enlevés. Même notre cardinal Tumi -paix à son âme- a été enlevé, emmené comme un colis à moto et détenu pendant deux jours dans la brousse, malgré les 90 ans qu’il avait à l’époque. »








