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Ancien observateur permanent du Saint-Siège auprès de l’UNESCO (2002-2021), journaliste, professeur de philosophie et d’anthropologie culturelle, Mgr Francesco Follo réfléchit sur les textes bibliques du dimanche 3 mai 2026 dans son blog Riflessioni domenicali.
Méditant sur le texte de saint Jean (Jn 14,1-12), Mgr Follo souligne que « pour chacun de nous, le chemin vers le Père consiste donc à se laisser guider par Jésus, par sa Parole de Vérité, et à accueillir le don de sa Vie ». L’évêque demande à faire « notre » « l’invitation de saint Bonaventure : ‘Ouvrez donc les yeux, tendez l’oreille spirituelle, ouvrez les lèvres et préparez votre cœur, afin que dans toutes les créatures vous puissiez voir, entendre, louer, aimer, vénérer, glorifier et honorer votre Dieu’».
Le Christ comprend nos peurs et nos troubles, explique Mgr Follo : « Et tout en reconnaissant que notre vie est un drame, il nous enseigne que celle-ci, la vie, est une lutte pour le bien, pour la vérité, non seulement connue par l’esprit mais rencontrée en Jésus Christ qui nous étreint dans les bras de sa Croix, nous nourrit avec l’Eucharistie, nous pardonne avec la Confession. »
« Pour vaincre les nombreuses et profondes peurs qui nous assaillent, il n’y a qu’un seul moyen, suggéré par Jésus : avoir foi en Dieu et foi en Lui : Lui seul suffit, Dieu seul est la roche sur laquelle construire sa vie, Lui seul est un refuge sûr. Les autres sécurités déçoivent. L’amour de Dieu est fidèle et ne nous abandonne jamais : cette grande certitude réconforte le croyant. »
Voici les réflexions de Mgr Follo :
Le Christ est la Vie qui conduit à la Vérité et à la Vie
Ve dimanche de Pâques – Année A – rite romain- Ac 6, 1-7; Ps 32; 1 P 2,4-9; Jn 14,1-12
Que rien ne vous trouble
Quatre semaines se sont écoulées depuis Pâques, une Pâque marquée par une atmosphère bien différente. Ce temps pascal de 2026 est une période où les différents conflits qui font rage à travers le monde, notamment ceux impliquant l’Ukraine et la Russie, l’Iran et les États-Unis, le Liban, Israël et Gaza, nous obligent à le vivre comme une occasion à la fois dramatique et précieuse de réfléchir profondément au sens de la vie et au don de la foi, grâce auquel chaque expérience acquiert une signification et une profondeur accrues. Dès lors, une question se pose spontanément : quel chemin devons-nous emprunter pour réfléchir, agir et vivre ce temps pascal en œuvrant pour la paix ? En suivant le Christ, qui est le chemin, la vérité et la paix. Saint Augustin affirme qu’« il était nécessaire que Jésus dise : “Je suis le chemin, la vérité et la vie” (Jn 14, 6), car une fois le chemin connu, la destination restait à découvrir » (Tractatus in Joh., 69, 2 : CCL 36, 500), et cette destination est le Père. Pour les chrétiens, pour chacun de nous, le chemin vers le Père consiste donc à se laisser guider par Jésus, par sa Parole de Vérité, et à accueillir le don de sa Vie. Faisons nôtre l’invitation de saint Bonaventure : « Ouvrez donc les yeux, tendez l’oreille spirituelle, ouvrez les lèvres et préparez votre cœur, afin que dans toutes les créatures vous puissiez voir, entendre, louer, aimer, vénérer, glorifier et honorer votre Dieu » (Itinerarium mentis in Deum, I, 15).
Durant la Semaine Sainte nous avons contemplé la charité pastorale du Christ, qui s’est manifestée durant la Cène par deux gestes qui expriment le sens de sa vie et de sa mort: le lavement des pieds – signe que l’on met sa vie au service des autres – et la bouchée qu’il donne à Judas, révélant un amour débordant.
Jésus se donne à qui le trahit et se livre à la Croix pour les hommes pécheurs, pour tous, pour chacun de nous. C’est en mourant sur la Croix qu’il nous ouvre le chemin vers notre Père, qu’il nous révèle sa gloire d’amour absolu, donné sans réserve, sans limites.
Le discours de Jésus, proposé dans la liturgie de ce dimanche (Jn 14,1-12) commence par une invitation à surmonter la peur : « Ne soyez donc pas bouleversés ». La peur qui s’est emparée du cœur des Apôtres, au Cénacle, est une peur profonde: celle de la souffrance, de la mort, de l’avenir. Pour vaincre les nombreuses et profondes peurs qui nous assaillent, il n’y a qu’un seul moyen, suggéré par Jésus : avoir foi en Dieu et foi en Lui : Lui seul suffit, Dieu seul est la roche sur laquelle construire sa vie, Lui seul est un refuge sûr. Les autres sécurités déçoivent. L’amour de Dieu est fidèle et ne nous abandonne jamais : cette grande certitude réconforte le croyant.
À Pâques, celle-ci fera prise sur les Apôtres, y compris sur Saint Thomas, complètement.
Léonard da Vinci, dans son tableau illustrant la Cène du Seigneur, dépeint l’apôtre, disposé à ne croire que ce qu’il voit, le doigt en l’air pointé vers le ciel, car ce doigt a vraiment touché le ciel, il a touché l’amour concret de Dieu qui donne sa vie pour lui. En effet, dans l’Évangile de Jean, Thomas représente le passage de l’incrédulité à la foi comme expérience d’amour à laquelle croire et en laquelle avoir confiance.
Cet apôtre, encore aujourd’hui apeuré et troublé, demande au Messie: « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? “Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » (Jn 14. 5-7)
La réponse que Jésus donne à Thomas lui fera comprendre quel est ce chemin, mais pas tout de suite. Thomas ne comprend pas, il comprendra quand – en rencontrant Jésus Ressuscité – il mettra le doigt dans les trous des mains divines transpercées, et verra quel est ce chemin, quelle est la vérité, quelle est la vie et il l’indiquera aux autres, nous compris.
La réponse de Jésus à Thomas est avant tout « Je Suis », qui est le nom que Dieu donne en se révélant à Moïse. Dans l’Évangile de saint Jean c’est ainsi que Jésus parle de lui-même. Il dit « Je-Suis » de manière absolue et « Je suis » en spécifiant. Aujourd’hui il détermine les trois spécifications fondamentales « Le Chemin, la Vérité et la Vie », ailleurs il a dit Je-Suis le Pain, Je-Suis le pasteur, Je-Suis la porte.
Je-Suis le chemin, la route pour arriver à la maison, à Dieu, au cœur, aux autres
Dimanche dernier nous avons médité sur le Christ disant de lui: « JE SUIS la Porte; JE SUIS le Pasteur », aujourd’hui Il dit de Lui : « JE SUIS le Chemin, la Vérité et la Vie ».
Tout d’abord le Chemin c’est Lui, Jésus Christ.
Qu’est-ce que le chemin ? Le chemin se réfère presque toujours à son chez soi, la maison : c’est là où tu es en train de partir de chez toi ou en train de revenir chez toi. Jésus est le chemin parce que le Fils, qui était aux côtés du Père, est venu vers nous puis est retourné au Père et nous a montré le chemin de notre maison, c’est-à-dire là où nous sommes chez nous.
Toute l’existence de Jésus sur terre est un cheminement pour retourner au Père, donc Il est le chemin et dans la tradition juive le chemin c’est la loi, qui donne le coup d’envoi à la vie, à la vie de Dieu. Jésus est la nouvelle loi, mais la loi du Fils n’est plus quelque chose ou quelqu’un qui lie, elle est la loi de la liberté: la liberté du Fils, qui est le chemin de vérité qui rend libres, une liberté qui sait donner librement la vie comme offrande de communion.
Seul le Christ est le chemin qui conduit à la réalisation des désirs les plus profonds du cœur de l’homme, et le Christ ne nous sauve pas en dépit de notre humanité, mais à travers elle, en tenant compte aussi de notre peur et de notre trouble. Et tout en reconnaissant que notre vie est un drame, il nous enseigne que celle-ci, la vie, est une lutte pour le bien, pour la vérité, non seulement connue par l’esprit mais rencontrée en Jésus Christ qui nous étreint dans les bras de sa Croix, nous nourrit avec l’Eucharistie, nous pardonne avec la Confession. Il ne dit pas à chacun de nous: « Efforce-toi de chercher le chemin qui conduit à la vérité et à la vie ; non, on ne te dit pas cela. Lève-toi, paresseux, le chemin en personne est venu te trouver. Il te réveille de ton sommeil, si toutefois tu étends sa voix quand il te dit ‘lève-toi et marche’ ! » (Saint Augustin d’Hippone). Il est le chemin de l’amour accompli, le chemin du lavement des pieds, le chemin de la bouchée donnée à Judas, le chemin du don, le chemin du pardon, l’unique chemin, celui de l’amour qui nous fait être avec Lui et comme Lui.
Puis Jésus dit : Je-Suis la vérité. Il est le chemin parce qu’Il est la vérité qui permet de vivre et rend libres. La vérité c’est que Dieu est Père et nous, nous sommes ses enfants dans le Fils. Jésus nous a révélé le Père comme amour et liberté, comme don absolu au Fils, voilà quelle est cette vérité.
Et notre vérité est la vérité même de Dieu qui est Père et m’aime infiniment jusqu’à donner son Fils pour moi. Cela nous fait comprendre notre dignité infinie, donc Jésus est la fois la vérité de Dieu et celle de l’homme, il nous révèle la grande dignité. Et comment nous l’a-t-il révélée cette dignité ? En faisant de Lui notre frère. Et c’est pourquoi il est la vie.
Demandons-nous enfin: « Qu’est-ce que la Vie ? » C’est l’amour entre le Père et le Fils, c’est la vie de Dieu. Demandons-nous aussi qu’est-ce que l’homme vivant ? C’est quelqu’un qui sait aimer et donner la vie. Et Jésus nous a donné la vie, la vie de Dieu, il nous a donné l’amour de Dieu comme notre vie.
Seulement après avoir rencontré le Christ ressuscité, les disciples ont compris qu’Il Est le chemin, que son amour offert est le chemin, que Son amour EST « la vérité incarnée » (Florenski), que Son amour EST la vie.
Mais pourquoi Jésus dit-il ces paroles durant la dernière Cène ? Pour faire comprendre aux disciples qu’ils ne doivent pas se laisser troubler par le fait qu’il s’en va et qu’il s’en va en mourant comme un infâme. C’est justement en s’en allant qu’il devient le chemin, la vérité et la vie, et donne un sens à tout notre cheminement, car nous marchons tous et nous nous en irons, mais notre départ, notre retour à la Maison sera sur le chemin de la vérité et de la vie.
La Vérité qui est en Jésus Christ nous unit à la vie d’Amour de Dieu, qui nous accueille avec le Père miséricordieux.
Un chemin pour suivre le Chemin nous est offert par les Vierges consacrées dans le monde. Ces femmes parcourent le chemin de la sainteté, en tenant leurs yeux fixés sur Jésus et se mettant au service de l’Église et du monde comme dans le modèle d’homélie proposé par le Pontificale Romano dans le titre de consécration des vierges. L’évêque exhorte « Rappelez-vous que vous êtes liées au service de l’Église et des frères: alors, en exerçant votre apostolat dans l’Église et dans le monde, dans l’ordre spirituel et matériel, que votre lumière resplendisse devant les hommes, pour la gloire de votre Père dans les cieux et la réalisation de son dessein de réunir en Jésus Christ toutes les choses » (RCV, n 29).
La consécration virginale développe chez ces femmes une attitude à suivre constamment le Christ, Pasteur et Époux, et une attitude de confiance envers le monde, envers l’humanité, un style d’écoute par rapport à l’histoire et aux problématiques humaines, qu’elles associent, par habitudes de travail et de vie, à chaque homme et chaque femme, devenant pour eux une compagne de voyage, instrument de communion et témoin d’amour. Même quand, au cours de leur existence, elles traversent la souffrance, la maladie, l’inactivité, elles expérimentent et témoignent de leur union avec le Seigneur. Elles participent à l’œuvre créatrice de Dieu par le travail qui leur permet de pourvoir à leurs besoins et de s’ouvrir au partage des biens.








