Photo : © Vatican Media; la signature au Centre des congrès « Robert Schuman » ; le 28 septembre 2026
C’est aux jeunes de France, représentés par deux d’entre eux, une jeune fille et un jeune garçon, que les responsables religieux de France ont voulu confier leur « Appel de Metz », au Centre des congrès « Robert Schuman », de Metz, ce lundi 28 septembre 2026. Et c’est aussi aux jeunes que Léon XIV s’est ensuite adressé, au terme de son discours.
L’« Appel de Metz » une fois signé, il a été remis aux deux jeunes par le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêques de France (CEF).
Cet « Appel », lu auparavant par sept personnalités, les « numéros-deux » de la Conférence des responsables de culte en France (CRCF), parmi eux, deux femmes, a ensuite été signé en présence de Léon XIV par le pasteur Christian Krieger, président de la Fédération protestante de France, Mgr Dimitrios, président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, M. Haïm Korsia grand rabbin de France, M. Antony Boussemart, co-président de l’Union bouddhiste de France, Me Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, et par le cardinal Aveline.
La CRCF, instance créée en 2010, regroupe des responsables du bouddhisme, des Églises chrétiennes (catholique, orthodoxe et protestante), de l’islam et du judaïsme en France.
Le texte de l’« Appel de Metz » a été élaboré grâce à un dialogue et un travail à l’unisson, avec des aller-retour du texte, notamment par whatsapp ! Entre eux, les responsables de cultes en France se connaissent, se voient, travaillent ensemble, et ils ont rapproché leurs textes pour arriver à ce texte final relié par les media du monde entier.
Les représentants des religions ont pris trois engagements concrets dans cet « Appel », dont un qui concerne spécialement les jeunes :
– « Poursuivre avec assiduité un dialogue exigeant entre nous ;
– Continuer à former nos jeunes générations à la connaissance mutuelle de nos traditions ;
– Et nous tenir ensemble, y compris dans l’adversité, pour œuvrer à la promotion de la justice et de la paix. »
L’importance de l’intériorité est rappelée. « Car la paix, se construit aussi au plus intime de chacun : dans notre capacité à reconnaître et à désarmer en nous-mêmes ce qui nourrit le rejet de l’autre, la peur et la haine », insiste l’« Appel de Metz ».
Les religions réaffirment aussi leur rôle de « rempart » : « En condamnant toutes les formes de discriminations et tous les discours de haine, nous voulons être des remparts qui protègent l’humanité face aux pouvoirs oppressifs ou corrompus », dit-il encore.
L’Appel évoque aussi très concrètement, la « terre de Lorraine, blessée par tant de guerres ». Rappelons que La Moselle a été annexée par l’Allemagne de 1871 à 1918, puis par le régime nazi de 1940 à 1944. Les Lorrains ont été contraints ainsi de changer plusieurs fois de nationalités. Cela a été le cas du père de Robert Schuman. Les signataires fustigent notamment le « poison du totalitarisme, dont cette terre de Lorraine eut tant à souffrir ».
La cérémonie a été accompagnée par les « cordes » de l’orchestre de l’Opéra de Metz et un choeur avec soprano soliste aux intonations nostalgiques sous la baguette du compositeur, chef d’orchestre Laurent Couson, engagé dans le dialogue de la paix.
Le pape a ensuite salué chacun des représentants des cultes, chacun des lecteurs. Plus tard, son propre discours. Pour le pape Léon XIV, exercer la violence au nom de Dieu est profanatoire : « Invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom. Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine. Le discours religieux doit appeler constamment à désarmer les cœurs et les mots. Cela engage la responsabilité directe de chacun de nous, en tant que gardiens de nos traditions respectives ».
Dès aujourd’hui, la Fédération protestante de France publie le texte avec ce titre : « Les cultes de France lancent un appel à plus de dialogue, de justice et de paix ». Et d’expliquer : « Des responsables des cultes en France ont pris la parole lors de la venue du pape Léon XIV à Metz le 27 octobre, pour lancer un appel à plus de dialogue, de justice et de paix entre eux. »
Sous le titre « Des représentants de cultes de France saluent la venue du pape », le site propose aussi la « tribune » publiée par quatre responsables religieux de France, le 24 septembre dernier dans La Croix, à l’occasion du voyage du pape Léon XIV. Ils exprimaient leur « désir de faire de cet événement une opportunité de dialogue intercommunautaire » : Christian Krieger, président de la FPF, Haim Korsia, grand rabbin de France, Najat Benali, présidente de la Coordination des mosquées parisiennes et Antony Boussemart, co-président de l’Union bouddhiste de France.
Voici le texte complet de cet « Appel de Metz », dont l’original est bien sûr en français.
AB
« L’appel de Metz » des responsables de culte en France
En présence de Sa Sainteté le pape Léon XIV
Depuis l’appel d’Assise, il y a quarante ans, le monde a profondément changé. L’humanité se trouve aujourd’hui à un nouveau tournant. La montée de la conflictualité menace le droit international, notamment humanitaire. Les guerres et les violences se multiplient, les inégalités se creusent, les équilibres, notamment écologiques, de notre planète sont fragilisés et les transformations technologiques bouleversent nos sociétés, chamboulent nos valeurs universelles et fondamentales, et nos manières de vivre.
Ces bouleversements nous inquiètent, mais ils nous engagent plus encore. Dans un monde qui souffre et qui trop souvent se divise, nos traditions religieuses nous appellent à être des veilleurs, attentifs à la dignité de chacun et au soin de l’autre. Elles nous invitent à ne pas nous résigner à la violence, à l’injustice ou à l’indifférence, mais à agir ensemble au service de la paix, de la fraternité et de la réconciliation et « pour préserver l’humain dans ces transformations ».
Nous, responsables de cultes en France, réunis aujourd’hui à Metz avec Sa Sainteté le pape Léon XIV, affirmons notre volonté de servir ensemble toute la famille humaine. Conscients de notre profonde interdépendance et de la responsabilité que chacun porte envers tous les autres, fidèles à nos traditions respectives et dans le respect de chacun, sur cette terre de Lorraine, blessée par tant de guerres, nous sommes convaincus que les religions portent une responsabilité particulière pour bâtir et entretenir la paix dans le monde, et tout spécialement ici, en Europe.
Conscients de cette responsabilité commune, nous lançons solennellement un appel au dialogue et à la fraternité, à la réconciliation et à la paix. Nous sommes convaincus que, dans chacune de nos communautés et de façon transversale, et dans nos cités, il est plus que jamais important d’éduquer au dialogue pour construire la paix.
Nous attestons que la recherche de la paix, la non-violence et le souci de l’autre sont profondément inscrits, selon des voies qui leur sont propres, dans chacune de nos traditions religieuses. Nous constatons cependant, avec une grande inquiétude, que s’allument sans cesse, dans notre monde, des foyers nouveaux de violences et de guerres. Mais la paix ne se réduit pas à l’absence de guerre. Elle ne peut être durable sans justice, sans respect de la dignité humaine, sans solidarité entre les peuples et les générations, ni sans une attention partagée à la préservation de notre maison commune.
Nous constatons avec gravité que nos sociétés elles-mêmes ne sont pas épargnées par les fractures, les discriminations et les logiques de rejet qui fragilisent la cohésion entre les personnes et les peuples. En France, nous exprimons notamment notre indignation face à la recrudescence des actes qui portent atteinte à des personnes ou à des lieux de culte en raison de leurs origines ou de leur foi. En condamnant toutes les formes de discriminations et tous les discours de haine, nous voulons être des remparts qui protègent l’humanité face aux pouvoirs oppressifs ou corrompus.
Nous nous opposons tout particulièrement au poison du totalitarisme, dont cette terre de Lorraine eut tant à souffrir. Nous affirmons ensemble que le nom de Dieu, non plus qu’aucune vérité religieuse ou tradition spirituelle, ne peut jamais être invoqué pour justifier la violence et la haine. Nous savons d’expérience que le dialogue, la prière, la méditation et les différentes formes de pratique spirituelle ouvrent des chemins de paix. Car la paix se construit aussi au plus intime de chacun : dans notre capacité à reconnaître et à désarmer en nous-mêmes ce qui nourrit le rejet de l’autre, la peur et la haine.
Nous croyons, en effet, que chaque personne humaine est revêtue d’une dignité inaliénable. Nos traditions respectives nous invitent à accueillir l’autre non pas comme une menace mais comme un frère ou une sœur en humanité. Croyants de religions différentes, nous appelons nos communautés à développer une culture de l’accueil et de la fraternité. Par l’écoute mutuelle, le service du bien commun, le dialogue persévérant à partir de nos vies et de nos pratiques spirituelles, nous voulons œuvrer concrètement au service de la justice et de la paix.
Nous savons combien les blessures de l’histoire, les violences, les ignorances ou les incompréhensions continuent d’habiter la mémoire des personnes et des peuples. Nous voulons, humblement, contribuer à ouvrir des chemins de réconciliation, en refusant les logiques de vengeance, de rejet et d’humiliation. Nous estimons que les religions sont une voie privilégiée vers cette « paix désarmée et désarmante » à laquelle nous appelle Sa Sainteté le pape Léon XIV et nous désirons, de tout notre cœur, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, être des acteurs de réconciliation.
Nous voulons faire grandir, dans un monde polarisé, une véritable culture de l’éducation à la paix. Fondée sur la promotion de la dignité humaine, le respect mutuel, la justice et la confiance, elle exige à la fois un engagement personnel courageux et une œuvre collective résolue. En effet, elle nécessite une contribution des familles, des écoles, des structures de loisir et de sport, ainsi que de chacune de nos traditions et communautés. Cette œuvre s’inscrit pleinement dans les principes constitutionnels qui garantissent la liberté de conscience et le libre exercice des cultes. Et c’est portés par notre volonté partagée de nous rencontrer et de dialoguer que nous pouvons aujourd’hui nous tenir côte à côte au service de la paix.
Nous voulons transmettre à tous, aux jeunes générations en particulier, ce désir de justice et de paix qu’il nous faut toujours contribuer à bâtir, avec tous les hommes et les femmes de bonne volonté. La paix, en effet, n’est pas un rêve inaccessible : elle s’édifie au quotidien, dans le respect de l’autre, de sa culture et de sa religion, dans la construction de relations d’amitié, où chacun peut être reconnu dans son identité.
Puisse cette rencontre aujourd’hui à Metz, en présence du pape Léon XIV, réveiller les consciences et porter des fruits durables. Nous sommes différents par nos convictions religieuses mais nous sommes unis par la responsabilité de servir ensemble la paix dans le monde et le respect de la dignité de toute personne humaine. Aussi prenons-nous aujourd’hui trois engagements concrets :
– Poursuivre avec assiduité un dialogue exigeant entre nous ;
– Continuer à former nos jeunes générations à la connaissance mutuelle de nos traditions ;
– Et nous tenir ensemble, y compris dans l’adversité, pour œuvrer à la promotion de la justice et de la paix.
Que cet appel de Metz, que nous lançons ce matin, devienne, pour tout un chacun, « une boussole d’espérance » et nous rappelle qu’aucune paix durable ne se construit sans l’autre, ni contre lui.
Pasteur Christian Krieger, Président de la Fédération protestante de France
S.E Cardinal Aveline, Président de la Conférence des évêques de France
Monseigneur Dimitrios, Président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France
Monsieur Haïm Korsia Grand rabbin de France
Monsieur Antony Boussemart, Co-président de l’Union bouddhiste de France
Maître Chems-Eddine Hafiz, Recteur de la Grande Mosquée de Paris








